Qu’est-ce que le pléonasme

Sortant de sa torpeur et ne promettant en rien de ne pas y retomber, Littéraire Déchu s’attaque aujourd’hui à une figure de style controversée: Le Pléonasme. Controversée? Oui! Le pléonasme est la figure de style que vous employez à profusion s’en même vous en rendre compte, et ce, souvent, dans l’erreur!

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Crédit: Topito

Le pléonasme, une origine

Depuis que l’homme descend du singe, nous savons que toute chose remonte à autre chose, et pour demeurer dans cette veine académique fort utile à la détermination de ces dites choses (par exemple, lorsque vous demandez à un homme: «Ouain, pis, d’où viens-tu, toi?» et qu’il répond «’chlague, lol», vous savez que vous n’irez pas déguster un repas 5 services au Bleu Raisin par la suite) nous commencerons cette analyse en disant que le mot pléonasme renvoie au grec ancien pleonasmós, ce n’est pas très utile à savoir, mais ça se glisse bien dans une conversation sur la dernière mise à jour du Grevisse.

Le pléonasme, une définition

Le pléonasme, selon l’Académie française, est « Figure par laquelle on redouble une expression pour la renforcer. » Le Larousse, quant à lui, définit le pléonasme comme étant une «répétition dans un même énoncé de mots ayant le même sens, soit par maladresse, soit dans une intention stylistique.»

On dit d’un pléonasme maladroit qu’il est vicieux, comme dans l’exemple suivant: «T’es tu touché le petit pipi cette nuit?» C’est un pléonasme vicieux puisque tout le monde sait que votre pipi est petit.

CQFD.

Mais encore?

Le pléonasme est utilisé, en littérature, pour renforcer un point. C’est une suite de mot ou un agencement de phrases qui veulent dire la même chose. Il sera souvent utilisé pour s’assurer de la bonne compréhension d’une idée, pour mettre l’accent sur une cocasserie ou pour embêter son interlocuteur pour le faire sentir cave.

L’exemple le plus commun du pléonasme nous provient du Tartuffe de Molière (NDLR: prière de ne pas nommez vos enfants Tartuffe, nous réalisons que les noms d’époque (Anatole, Arthur, Albert, Léo) reviennent à la mode, mais un procédé de décomposition ramène le nom Tartuffe très près de l’insulte à caractère sexuello-capilaire «Ta touffe». Nous vous prions donc de vous abstenir) dans la phrase suivante.

« Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,

ce qui s’appelle vu… »

Tartuffe

Voici le visage d’un homme qui va se faire niaiser dans la cours d’école (ou encore qui est interdit de présence à moins de 50 mètres d’une école, c’est selon)

Entendons-nous. Après avoir lu cet extrait, il n’y aucune confusion possible, le personnage a bel et bien vu la chose qu’il dit voir. Qui plus est, il s’assurer de nous faire comprendre, nous, pauvre public, qu’il l’a vu avec ses yeux! Pas avec sa bouche (sens du goût), pas avec son nez (l’odorat), pas avec ses oreilles (l’ouïe), pas avec sa peau (toucher), mais bien avec ses yeux (vision). Il n’a pas eu vent de rumeur, il n’a pas entendu dire, il n’a pas parlé à quelqu’un qui l’a vu, non, c’est lui, LUI, qui l’a vu. Il insiste. Nous rendons les armes devant tant d’ardeur et nous pouvons faire autrement que de le croire!

Des pléonasmes sémantiques

Le pléonasme peut également être utilisé pour exciter l’imagination d’un lecteur ou d’un interlocuteur anxieux d’être impressionné par vos prouesses verbales. Par exemple, lorsque votre amante vous demande si vous l’aimez et si vous désirez faire acte de procréation avec elle, vous pourriez lui dire.

«OK.»

Mais ça ne serait ni romantique, ni passionné. Vous pourriez alors opter pour un.

«J’suis partant.»

Nous l’admettons, c’est plus poli, mais ça manque de couleur. En admettant que vous soyez en verve, vous pourriez lui  murmurer.

«Oui, je te veux.»

Mais après la lecture de cet article, vous serez en mesure d’employer un pléonasme pour renforcer votre point, paraître romantique, même, en insistant.

«Je te veux, toi.»

BINGO. Devant votre insistante à professer votre désir pour elle et nulle autre par l’emploi d’un habile pléonasme, elle sera vôtre à jamais. (à moins que vous ne soyez un horrible menteur près à employer des figures rhétoriques pour arriver à vos fins/un avocat).

Le pléonasme, dans sa plus simple expression, ne sera que la redondance du même mot. Dans le recueil de texte Album du peuple tome 3 du poète québécois François Pérusse, on peut retrouver un tel pléonasme dans la phrase suivante.

Une dette, c’est une dette.

L’évidence est faite, le pléonasme sert ici à prouver qu’il faut s’acquitter de ses dettes, puisqu’une dette, c’est une dette. C’est une fatalité. On ne s’en sort pas.

La tautologie, ce cousin germain

Hormis un mot impressionnant, quoique complexe, à assembler au Scrabble, la tautologie est la cousine statistique du pléonasme, plutôt utilisée d’une façon à ce que la phrase qui la véhicule ne puisse être autrement que vraie. Dans cet exemple souvent utilisé en lotterie, on dit que 100% des gagnants du gros lot avaient tenté leur chance.

Duh.

Linguistes, amateurs, académiques et dilletantes de la langue en tout genre ne s’entendent toutefois pas sur la réelle différence entre la tautologie et le pléonasme. Sur les forums de discussion (NDLR: l’expression forum de discussion est en soi un pléonasme, le forum romain étant à la base un endroit de discussion, de débat, de discours)

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Le Forum de Montréal était également un lieu de discussion animée, mais plutôt du style: «Heille. Steve Shutt pareil, hein?»

Le pléonasme vicieux, ce faux ami

Ionesco l’a déjà dit: prenez un pléonasme, caressez-le, il deviendra vicieux. Le pléonasme vicieux, parfois appelé battologie, parfois appelé perissologie (mais pas tant que ça tout de même) est une figure de style involontaire, dont l’exemple le plus populaire est probablement l’idiôme Monter en haut ou Descendre en bas (à ne pas confondre avec Descendre en bas parce que Papa dort et on ne veut pas le réveiller, enlève tes souliers pour venir me rejoindre au sous-sol, Manolo!).

Pour vous garder éduqués, voici une liste de pléonasmes vicieux et pourquoi il est de mauvais goût de les employer en société (lire: lors de votre party de bureau avec trois verres dans le nez devant la fille de marketing célibataire qui vous jugera à votre parlure, Christian de Neuvillette, parce qu’elle confond ses études en communication avec des études en linguistique et qu’elle dit tout de même “quand qu’on” gros comme le bras).

Bref.

Une bonne aubaine

«Oui, bonjour. J’appelle pour savoir si vous avez une bonne aubaine à me proposer.

– Non, cette semaine j’ai seulement la mauvaise aubaine que tu payes 20% de moins mais mes produits sont contaminés à l’ebola.

– Hm. Ça mérite réflexion.»

Averse de pluie

Campus universitaire

À noter que lorsque vous inviterez vos amis à vous rejoindre sur le campus de l’UQAM, il n’est pas primordial de leur préciser que c’est le campus Universitaire, nul d’entre eux ne se retrouvera par mégarde au campus mortuaire, au campus balnéaire ou au campus animalier.

Durer longtemps

C’est correct, Casanova, après un bout ça chauffe anyway.

Enfin pour conclure / Enfin pour terminer / Finalement pour finir

On le sait que l’épreuve uniforme de français te demande 900 mot, mais accouche, qu’on baptiste, j’ai 150 autres copies à corriger.

Le protagoniste principal

Es-tu en train de me dire qu’il y a un protagoniste secondaire dans ton histoire, Novarina?

Ta yeule, vis ta vie pis reste en vie

Je pensais à ça, KC MNLOP, mais même si je pouvais vivre ta vie plutôt que la mienne, je me garderais une petite gêne.

Monopole exclusif

Par opposition à un monopole inclusif, où le marché m’appartient, mais je respecte le fait que t’es obligé de passer par moi pour acheter ton champagne cheap pour le jour de l’an

Mauvaise orthographe / Bonne orthographe

Si c’est mal écrit, c’est pas une mauvaise orthographe, c’est juste rien, c’est pas un mot.

Un faux prétexte

Si ton prétexte que ta grand-mère est morte est vrai, ben ça veut dire que ta grand-mère est morte, et ça c’est quand même triste, alors je vais comprendre que tu viennes pas à ma projection privée de Elle a tout pour elle version remastérisée à  ̶l̶’̶E̶x̶c̶e̶n̶t̶r̶i̶s̶  au Cinéma du Parc.

 

– En bref –

Le pléonasme, c’est comme votre oncle Jacques à Noël. La première fois que vous entendez comment il a eu une panne sur la 20 et c’est Bruno Landry qui lui a fait un boost, c’est OK. La deuxième fois, après trois verres de vodka/lait de poule, c’est redondant.


 

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Explication d’un courant littéraire: Le Décadentisme

Cette semaine, Littéraire Déchu vous éduque en matière de courant littéraire: pour commencer, rien ne pourrait être plus à propos, étant donné notre déchéance littéraire, que de vous introduire au décadentisme.

Decadents

Ça, c’est décadent en estie, boire du thé évaché de même.

Un peu de contexte

Comme pour tout mouvement littéraire, mais encore plus particulièrement pour le mouvement décadent dont il est ici question, il est difficile de mettre une date de début ou une date de fin, puisque nous parlons de sentiment général d’une époque, de mood collectif, même, et qu’il y a toujours des précurseurs qui se trouvent ben drôle d’annoncer les thèmes du mouvement (nous te regardons, Baudelaire) avant tout le monde et des retardataires qui remuent les bras en criant: « MOI AUSSI!!! » dix ans trop tard.  (Nous n’avons personne en particulier en tête, neuf fois sur dix, les retardataires sont des perdants finis dont personne ne se souvient parce que, bon, t’as manqué ta chance de gloire, el’gros).

Bref.

Le décadentisme ou le mouvement décadent prend racine vers la fin du 19e siècle, en France. Paris vient de capituler face à la Prusse, la Commune de Paris a été massacrée, la grandeur française semble belle et bien chose du passée. Entendons-nous, les pauvres français viennent de connaître deux révolutions, trois républiques, un retour de la monarchie, deux Napoléons différents. (Napoléon II est mort à 21 ans sans vraiment avoir régné, nous rappelant qu’il est toujours difficile de succéder à un parent populaire dans son domaine, n’est-ce pas Pascalin?) Tout ça en moins de 100 ans. Chez Littéraire déchu, nous ressentons un malaise et un mal de vivre lorsque nous sommes confrontés à deux élections dans l’espace de trois ans, alors c’est dire notre compréhension de ces artistes qui, devant ces événements, ont le goût de dire: fuck toute.

Attention!

Le décadentisme n’est pas un mouvement tout à fait clair, par rapport au Naturalisme, au Symbolisme ou au Réalisme, par exemple. Nous parlons plutôt d’un sentiment qui vient hanter les textes, d’un regard sur la vie, d’un état d’esprit plutôt que d’une structure ou une forme. Tout au plus, nous retrouverons des thèmes communs et certaines figures se dégagerons du lot pour devenir emblématique. Un exemple moderne serait celui du Hipster. Personne ne saurait en donner une définition claire, personne ne saurait même identifier ce qui, formellement, fait d’une personne un hipster. Est-ce la moustache? Est-ce l’ironie? Est-ce l’odeur de friperie? Est-ce que le sexe awkward et les pleurs qui s’en suivent? Mais promenez-vous dans le Mile-End et vous saurez, viscéralement, ça vous prendra au coeur, à la gorge, ça vous tourmentera l’esprit, mais vous saurez quand vous serez face à face à un Hipster. Le décadentisme, c’est pareil. Surtout pour le sexe awkward. Passons.

Des thèmes?

Les décadents sont un peu les emos des courants littéraires. Nous parlons ici de thématiques pessimistes, d’un certain dégoût de l’avenir, d’un besoin de provoquer. On parle d’une génération d’écrivains horrifiée par le banal, écœurée par le naturalisme et ses descriptions sans fin, on parle d’une génération animée par le spleen Baudelairien, que l’on imagine, avachie sur son divan, râler et se plaindre que c’est la fin du monde, en train de fumer de l’opium et de boire de l’absinthe. Car devant la désillusion, oui, le meilleur moyen de survivre est bien évidemment la fuite, chez les décadentistes (à ne pas confondre avec « un dentiste à dix côtés ») – pour se faire, ils proposeront un art littéraire (car, euh, oui, nous parlons bien de littérature depuis tout à l’heure) animé par l’artifice, par des percées de mysticisme, par des envolées lyriques, par une recherche du sublime (sans tomber dans le Parnasse) et autres mécanismes qui l’éloigneront des Naturalistes auxquels ils réagissent violemment.

« Fuck toi, fuck tes mines, fuck tes descriptions des trains pis du monde qui meurent, Zola, t’es déprimant en sacrament. » – Les décadents, en réaction au Naturalisme de Zola.

Des précurseurs?

Baudelaire est souvent pointé du doigt comme étant un des précurseurs du décadentisme, mais l’histoire littéraire lui a majoritairement donné le rôle de pré-symboliste. La littérature n’étant cependant pas une science exacte (ni même une science, point, quoique en dise mon professeur d’introduction aux études littéraires), le décadentisme serait lui-même un précurseur du symbolisme, donnant ainsi à Baudelaire le rôle incestueux de père du décadentisme et grand-père du symbolisme (nous tournons les coins ronds, si vous prenez le diamètre de notre phrase en rapport avec la circonférence de notre texte, ça vous donnerais Pi, c’est dire à quel point c’est rond).  Rappelez-vous cependant qu’un peu d’inceste n’aura jamais tué personne en littérature, vous n’avez qu’à arpenter les corridors des facultés de lettre pour vous en rendre compte. (hipelaye)

Un écrivain emblématique

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Joris-Karl Huysmans ou le gars que notre anus se serre instinctivement à la vue de cette photo…

Joris-Karl Huysmans était destiné à passer à l’histoire comme étant l’un des grands noms du Naturalisme, au même titre que Zola. On parle tout de même d’un homme qui se lie d’amitié au bon Émile, qui publie des articles faisant la promotion du Naturalisme, qui publie des romans d’histoires de prostitution dans les bas fonds de Paris tout  en décrivant pendant de très longues pages des édifices, pierre par pierre. On ne fait pas plus Naturaliste. Puis, avec À rebours en 1884 et Là-bas en 1891, Huysmans créé (surtout avec son personnage de Des Esseintes), ce qui deviendra la figure emblématique du décadent parfait: le dandy.

En effet, Des Esseintes, anti-héros d’À rebours, représente parfaitement ce qu’est le poète décadent. C’est un homme oisif, vain et paresseux, qui se retire d’un monde ennuyant auquel il ne se sent plus appartenir pour méditer et réfléchir à propos de l’art, de la littérature. Pour se faire, il s’entoure de livres, d’œuvres d’art, et les trouve toutes plus moches les unes que les autres, sauf pour quelques élus, dont un petit livre jaune (probablement Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde). Les passe-temps de Des Esseintes comprennent la fabrication de poisons, l’extraction de parfum et l’incrustation de pierres précieuses dans la carapace d’une tortue. Fort de cette description (oisif, snob, entouré de vielles oeuvres d’art, retiré du monde, hobbys bizarres), vous pourriez à nouveau être tenté de croire que Des Esseintes est un hipster. Ce n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai non plus. Non, Des Esseintes représente plutôt l’archétype de la figure emblématique des décadents: le dandy.

Le Dandy

« Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux myrmidons. » – Charles Baudelaire

Suite à une discussion avec notre ego, nous avons décidé de ne rien ajouter à cette description du Dandy par Baudelaire, toutes nos excuses. Notez toutefois que cette description du « dandysme » s’accorde assez bien avec celle du décadentisme.

Robert de Montesquiou, le modèle parfait

Nous pourrions parler de Robert de Montesquiou comme étant l’inspiration certaine de Des Esseintes (À rebours) et du Baron de Charlus (À la recherche du temps perdu). Nous pourrions vous  dire que ce cher Bob a été tout au long de sa vie un avatar du dandysme grâce à son amour des arts (Mallarmé et Verlaine, entre autre, faisaient partie de son cercle, et Marcel Proust le suivait comme un chien de poche à la recherche d’une caresse (…)), son homosexualité latente (rumeur jamais confirmée, l’intrigue ajoutait à son aura, mais le scandale aurait été de mauvais goût), son esprit et son oisivité (Robert est comte, rentier et, malgré un talent limité, publie une vingtaine de poésies, d’essais et deux romans). Nous pourrions vous décrire le personnage de long en large pour vous donner une idée de ce qu’est le dandy, de ce que représente le décadent ultime, mais nous préférons vous montrer cette photo:

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À la vue de ce portrait de Robert de Montesquiou avec un chat persan, nonchalamment accoudé à un éléphant, vous comprendrez que toute forme d’explication additionnelle devient désuète.

À ne pas confondre avec

CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE OH MON DIEU.

Au final

Le mouvement décadent demeure bien plus grand que les œuvres qui le composent: s’y rattachent des personnages, des auteurs, un mode de vie, un archétype social, même, qui en font un insaisissable littéraire. À toi, jeune étudiant de Français 102 qui est tombé sur ma page au hasard de tes recherches pour mieux botcher un travail qui vaudra 30% de ton année, sois sur tes gardes et parle-donc des Réalistes ou des Romantiques, à la place, c’est bien plus facile.

Nous avions presque oublié!

Nous aurions aimé aborder l’un de nos auteurs favori, Oscar Wilde, que l’on peut rattacher au mouvement décadent de par ses thèmes, ses obsessions et sa vie de dandy. Cependant, confiner Wilde à un petit paragraphe nous aurait beaucoup de peine, et nous préférons lui consacrer un futur article à lui tout seul. Cependant, dans l’optique ou nous aimerions nous faire plaisir en vous faisant plaisir, voici un portrait d’Oscar Wilde, que nous intitulons: « Lavieestplatelemondeestmédiocrejevoussuissupérieurjeportedelafourrurehuhuhu.com »

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Tourne la page, une analyse littéraire


Littéraire Déchu vous propose aujourd’hui une lecture de l’un de ses plus grands succès Karaoké lorsque vient le temps du party de Noël, c’est à dire l’ode « Tourne la page » du duo familial « René » et « Nathalie » Simard, troubadours à succès d’une époque où les cols de fourrure étaient encore très populaires chez les hommes.

Tourne la page, René et Nathalie Simard, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« La belle relation entre un enfant pas de bras et un pilote d’avion se termine dans le drame à cause de l’alcool. »

Un oiseau d’acier raie l’horizon de la plage
Griffe les nuages avion sauvage
Il trace à la craie la dernière ligne de l’histoire
Sur tableau noir comme au revoir

Le duo de poètes chicoutimiens surprend, en 1987-1988 avec une poésie sentie, menée par une ode en quatrains intitulée « Tourne la page ». Le poème s’ouvre avec une image que nous imaginons apocalyptique, puisque le premier vers fait mention d’un « oiseau d’acier » qui raie l’horizon d’une plage – cependant, une analyse plus poussée du champ lexical en présence nous relève des mots comme « raie », « acier », griffe », « craie » et, surtout, « tableau noir » – devant ces mots, nous sommes tout de suite envahis par le sentiment d’inconfort que procure l’idée d’une griffe sur le tableau, le son discordant des ongles qui tracent une marque qui fait grincer des dents. Cette première strophe, donc, représente l’inconfort. Cette « dernière » ligne sur un « tableau noir », cependant, pourrait également être interprétée  comme une « dernière ligne » sur un « tableau noir », c’est à dire un tableau qui est noir, c’est à dire qu’il n’est pas noir par opposition à un tableau vert, mais il est noir par opposition à un tableau joyeux, comme un tableau du Caravage vis à vis un tableau Rococo.

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Voyez par vous-même (La Morte della Virgine, Caravaggio) vs (Les hasards heureux de l’escarpolette, Fragonard)

Honnêtement, nous aurions pu faire un article complet à propos du titre « Les hasards heureux de l’escarpolette »… estie.

Une escarpolette est une balançoire, si jamais vous voulez impressionner votre rendez-vous galant de ce soir.

Un avion déchire le soir
Emporte quelque chose de moi
Un signal dans ta mémoire
Tourne la page… Tourne la page!

Un avion déchire le soir
Me laisse derrière nuit de l’absence
C’est comme un cri de désespoir
Comme le tonnerre dans le silence

Un avion déchire le soir
Emporte quelque chose de moi
Un signal dans ta mémoire
Tourne la page, tourne la page

Retour à la poésie des Simard et à cet oiseau de métal, que nous estimons vivre dans une époque lointaine de celle actuelle, puisque aujourd’hui, il serait ridicule de penser apercevoir un « oiseau de métal » dans le ciel. Dans la seconde strophe, c’est plutôt un avion qui déchire le ciel, ce qui est beaucoup plus plausible. Cependant, le narrateur semble nostalgique, ou triste, devant cet avion qui passe devant lui, comme s’il lui faisait se souvenir d’un mauvais moment, comme tend à l’indiquer le vers « Un signal dans ta mémoire » – signal déclenché par l’avion qui aurait « emporté quelque chose » du narrateur, et qui fait crier à celui-ci: « Tourne la page! Tourne la page! » Devant ce terrible cri, un cri de désespoir, même, nous sommes tentés de croire que ce qui a été « emporté » par l’avion sont les bras du narrateur qui, maintenant, sans bras, seul dans le noir, ne peut tourner les pages du livre qu’il lisait.

Ce narrateur, que nous imaginons être un enfant, se tient seul sur la piste d’atterrissage, sans bras, voulant faire des appels à l’aide pour connaître la fin de son livre, incapable d’en tourner les pages, mais, comme le dit le dicton: « pas de bras, tu peux pas saluer ben fort », alors personne ne vient à son aide. C’est alors que ça nous frappe! L’oiseau d’acier évoqué dans la première strophe pourrait-il être… l’avion? Ah! Nous somme subjugués! Nous sommes sans mot! C’est une poésie fine! C’est une poésie forte! Avion! Oiseau d’acier. Parce que les avions volent et qu’ils sont fait en acier! Ahhh là là!

Bref.

Fort de cette information, nous obtenons donc une clé de lecture supplémentaire. Cet oiseau d’acier, qui griffe les nuages, il « trace à la craie les dernières lignes de l’histoire ». Ça vous dit quelque chose? Avez-vous déjà levé les yeux au ciel pour apercevoir un avion supersonique laisser un mince fil de fumée blanche derrière lui? Voici ce à quoi nous avons à faire. Devant les appels à l’aide de cet enfant aux bras manquants (bras manquants, fils manqué), le capitaine de l’avion, habile pilote devant l’éternel, décide de tracer, dans le ciel, grâce à son engin, les dernières phrases du livre qui était lu. Dans le ciel, ses acrobaties forment un mot, puis un autre, une image , peut-être, et dans cet amalgame de ciel, d’étoiles et de fumée blanche, notre jeune narrateur connaît finalement la finale de son histoire.

C’est un vol de nuit
Où s’évanouit ton visage
Comme un mirage
Dernière image

Éventuellement, la fumée se dissipe et les personnages qu’elle faisait vivre, le Grand méchant loup, le petit Poucet, la grand-mère ou les trois petits cochons, disparaissent avec elle. Pourtant, elles ne disparaissent pas de l’esprit de l’enfant. C’est une illustration de la force de l’imagination. D’un point de vue plus formel, veuillez noter la présence de trois rimes riches, ce qui est assez rare dans les textes analysés par Littéraire Déchu. Festoyez visuellement, ça n’arrivera pas souvent.

Là-haut tu t’endors
Le coeur au bord des étoiles
Douce et fatale et moi j’ai mal

REVIREMENT DE SITUATION! Le pilote, possiblement saoul (notons qu’il a tout de même décollé alors qu’il y avait un enfant sur la piste pour ensuite faire des figures aériennes avec son engin), s’endort aux commandes de son appareil. Le vers « le coeur au bord des étoiles » étant un euphémisme représentant un arrêt cardiaque. Le dernier vers s’achève sur un autre euphémisme composé des mots « Et moi j’ai mal », une diminution littéraire évidente de la douleur d’un enfant qui reçoit un Cessna dans la trachée. 

Les chats sauvages, Marjo – Une analyse littéraire

Littéraire Déchu vous présente aujourd’hui, à la demande générale, son analyse littéraire du poème « Les chats sauvage » par la poétesse Marjolaine Morin, mieux connue sous son nom de troubadour: « Marjo. » On s’excuse à Marie-Chantal Toupin et aux ex membres du croupe Corbeau.

Les chats sauvages, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« Une narratrice se fait passer pour une activiste pour le droit des animaux, mais dans le fond elle est en train de choker son mariage. »

On n’apprivoise pas les chats sauvages
Pas plus qu’on met en cage les oiseaux de la terre
Faut les laisser aller comme on les laisse venir au monde
Faut surtout les aimer, jamais chercher à les garder

La troubadour québécoise Marjolaine Morin, également connue sous le diminutif « Marjo » nous gâte tout d’abord d’une fine pointe de poésie grâce à l’emploi d’une rime batelée, c’est à dire une rime dont l’origine (sauvage, dans ce cas-ci) renvoie à l’hémistiche (grosso modo, la moitié d’un alexandrin, c’est pas tout à fait un alexandrin, mais on donne des points pour l’effort) du second vers (cage), dans ce cas-ci. Qui plus est, la prise au piège du mot « cage » en plein milieu du vers vient rejoindre la thématique d’emprisonnement et d’étouffement qui se dégage du poème – le mot, comme la narratrice, se sent coincé si on lui accorde pas sa pleine liberté. Grâce à cet effet de style manié avec autant de dextérité que la main qui assure la pérennité de sa tignasse blonde, Marjo établit très clairement le contexte qui servira à la lecture de ce poème: nous avons affaire à une parolière de qualité.

Au niveau de la thématique, le poème emprunte la forme du poème en prose, et les clés de lectures sont somme toutes assez simple: nous sommes très clairement en présence d’une narratrice militante, probablement activiste pour la PETA ou autre organisme de défense des animaux, qui, grâce à ses mots enflammés, interdit l’adoption d’animaux, plus particulièrement les chats, autruches, manchots, poules et emeus (qui sont des oiseaux de la terre, c’est à dire des oiseaux qui ne volent pas). Nous l’imaginons à la tête d’un royaume sylvicole où elle laisse vivre en paix toutes les créatures qu’elle sauve du joug meurtrier des humains. 

Le vers « Faut les laisser aller comme on les laisse venir au monde » nous porte à croire que la narratrice-militante enduit les animaux qu’elle sauve de sang et de placenta avant de les expulser de son vagin sylvicole qui aime sans toutefois garder.

Tout doucement je veux voyager hum
En te jasant d’amour et de liberté

Marjo dans un Boeing 737 en direction de Singapour qui chuchote des gentillesses à un manchot qu’elle amène loin des hommes.

On n’emprisonne pas les cœurs volages
Pas plus qu’on coupe les ailes aux oiseaux de la terre
Faut les laisser aller toujours sans chercher à comprendre
Ils marchent seuls et n’ont qu’un seul langage

Le premier vers nous renvoie à ce sentiment d’étouffement évoqué par la structure de la première strophe – la narratrice militante, par ce vers miroir du premier, nous ramène dans le vif du sujet: les ti-chats qui voudraient aller dehors mais que leurs gros maîtres veulent pas et leurs coupent les couilles et leur coupe les griffes. Le deuxième vers vient renforcer cette idée: de sa plume trempée dans le vitriol, la narratrice s’en prend ensuite aux propriétaires d’oiseaux (poulets, emeus, voir plus haut) qui coupent une certaine partie des ailes de leurs animaux pour les empêcher de voler. Dans les deux derniers vers de cette strophe, la narratrice-philosophe répond à la question qui hante l’esprit humain depuis la nuit des temps: 

Pourquoi le poulet a-t-il traversé la rue?

why-did-the-chicken-cross-the-road

Si l’on se fit à la réponse de la narratrice militante amoureuse des poulets, une seule option possible. Le poulet a traversé la route parce qu’il avait soif de liberté et de solitude.

Celui de l’amour celui de la vie hum
Ils chantent pour toi si t’en as envie

La narratrice, ici, affirme que les « oiseaux » de la terre, dont fait partie le poulet, ont comme langage celui « de l’amour et de la vie ». Nous l’imaginons danser la danse de l’amour et de la vie avec ses poulets à la manière des personnages de cette série culte des années 2000.

J’me sens un peu comme le chat sauvage
Et j’ai les ailes du cœur volage
J’veux pas qu’on m’apprivoise
J’veux pas non plus qu’on m’mette en cage
J’veux être aimée pour ce que j’ai à te donner

REVIREMENT DE SITUATION: par l’emploi d’un procédé unique et ingénieux que l’on appelle la personnification, nous réalisons que la narratrice-danseuse de l’amour poulet-militante PETA a prêté ses caractéristiques aux animaux qu’elle décrit depuis le début de la chanson. Tombé est le masque d’activiste à la défense des ti-minous et des ti-pitous, c’est plutôt d’elle dont il était question tout le long. Chez Littéraire Déchu, cette révélation nous a CRISSÉ en bas de notre chaise. Ce qui était perçu comme une soif de liberté n’était autre qu’une peur de l’engagement; ce qui était perçu comme militantisme et don de soi n’était qu’égoïsme; comme plusieurs grandes figures avant elle (Cléopâtre, Néron, Assurancetourix), la narratrice nous piège à s’émouvoir de son histoire pour ensuite habilement ramener cette émotion nouvellement ressentie à elle-même, dans une fine manipulation digne de n’importe quelle maman dans le temps des fêtes.

Nous imaginons donc la narratrice comme une mariée devant l’autel qui, ayant peur, s’enfuit telle une Julia Roberts des années 80, loin de la cage du mariage. Elle veut être aimée pour ce qu’elle a à donner, par opposition à être aimée… pour… ce qu’elle n’a pas… à donner… euh… CETTE CHANSON N’A AUCUN SENS, MARJO, AUCUN SENS.

Tout doucement je veux voyager hum
En te jasant d’amour et de liberté

Cette chanson elle est pour nous hum
Elle jase d’amour et de liberté