Qu’est-ce que le pléonasme

Sortant de sa torpeur et ne promettant en rien de ne pas y retomber, Littéraire Déchu s’attaque aujourd’hui à une figure de style controversée: Le Pléonasme. Controversée? Oui! Le pléonasme est la figure de style que vous employez à profusion s’en même vous en rendre compte, et ce, souvent, dans l’erreur!

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Crédit: Topito

Le pléonasme, une origine

Depuis que l’homme descend du singe, nous savons que toute chose remonte à autre chose, et pour demeurer dans cette veine académique fort utile à la détermination de ces dites choses (par exemple, lorsque vous demandez à un homme: «Ouain, pis, d’où viens-tu, toi?» et qu’il répond «’chlague, lol», vous savez que vous n’irez pas déguster un repas 5 services au Bleu Raisin par la suite) nous commencerons cette analyse en disant que le mot pléonasme renvoie au grec ancien pleonasmós, ce n’est pas très utile à savoir, mais ça se glisse bien dans une conversation sur la dernière mise à jour du Grevisse.

Le pléonasme, une définition

Le pléonasme, selon l’Académie française, est « Figure par laquelle on redouble une expression pour la renforcer. » Le Larousse, quant à lui, définit le pléonasme comme étant une «répétition dans un même énoncé de mots ayant le même sens, soit par maladresse, soit dans une intention stylistique.»

On dit d’un pléonasme maladroit qu’il est vicieux, comme dans l’exemple suivant: «T’es tu touché le petit pipi cette nuit?» C’est un pléonasme vicieux puisque tout le monde sait que votre pipi est petit.

CQFD.

Mais encore?

Le pléonasme est utilisé, en littérature, pour renforcer un point. C’est une suite de mot ou un agencement de phrases qui veulent dire la même chose. Il sera souvent utilisé pour s’assurer de la bonne compréhension d’une idée, pour mettre l’accent sur une cocasserie ou pour embêter son interlocuteur pour le faire sentir cave.

L’exemple le plus commun du pléonasme nous provient du Tartuffe de Molière (NDLR: prière de ne pas nommez vos enfants Tartuffe, nous réalisons que les noms d’époque (Anatole, Arthur, Albert, Léo) reviennent à la mode, mais un procédé de décomposition ramène le nom Tartuffe très près de l’insulte à caractère sexuello-capilaire «Ta touffe». Nous vous prions donc de vous abstenir) dans la phrase suivante.

« Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,

ce qui s’appelle vu… »

Tartuffe

Voici le visage d’un homme qui va se faire niaiser dans la cours d’école (ou encore qui est interdit de présence à moins de 50 mètres d’une école, c’est selon)

Entendons-nous. Après avoir lu cet extrait, il n’y aucune confusion possible, le personnage a bel et bien vu la chose qu’il dit voir. Qui plus est, il s’assurer de nous faire comprendre, nous, pauvre public, qu’il l’a vu avec ses yeux! Pas avec sa bouche (sens du goût), pas avec son nez (l’odorat), pas avec ses oreilles (l’ouïe), pas avec sa peau (toucher), mais bien avec ses yeux (vision). Il n’a pas eu vent de rumeur, il n’a pas entendu dire, il n’a pas parlé à quelqu’un qui l’a vu, non, c’est lui, LUI, qui l’a vu. Il insiste. Nous rendons les armes devant tant d’ardeur et nous pouvons faire autrement que de le croire!

Des pléonasmes sémantiques

Le pléonasme peut également être utilisé pour exciter l’imagination d’un lecteur ou d’un interlocuteur anxieux d’être impressionné par vos prouesses verbales. Par exemple, lorsque votre amante vous demande si vous l’aimez et si vous désirez faire acte de procréation avec elle, vous pourriez lui dire.

«OK.»

Mais ça ne serait ni romantique, ni passionné. Vous pourriez alors opter pour un.

«J’suis partant.»

Nous l’admettons, c’est plus poli, mais ça manque de couleur. En admettant que vous soyez en verve, vous pourriez lui  murmurer.

«Oui, je te veux.»

Mais après la lecture de cet article, vous serez en mesure d’employer un pléonasme pour renforcer votre point, paraître romantique, même, en insistant.

«Je te veux, toi.»

BINGO. Devant votre insistante à professer votre désir pour elle et nulle autre par l’emploi d’un habile pléonasme, elle sera vôtre à jamais. (à moins que vous ne soyez un horrible menteur près à employer des figures rhétoriques pour arriver à vos fins/un avocat).

Le pléonasme, dans sa plus simple expression, ne sera que la redondance du même mot. Dans le recueil de texte Album du peuple tome 3 du poète québécois François Pérusse, on peut retrouver un tel pléonasme dans la phrase suivante.

Une dette, c’est une dette.

L’évidence est faite, le pléonasme sert ici à prouver qu’il faut s’acquitter de ses dettes, puisqu’une dette, c’est une dette. C’est une fatalité. On ne s’en sort pas.

La tautologie, ce cousin germain

Hormis un mot impressionnant, quoique complexe, à assembler au Scrabble, la tautologie est la cousine statistique du pléonasme, plutôt utilisée d’une façon à ce que la phrase qui la véhicule ne puisse être autrement que vraie. Dans cet exemple souvent utilisé en lotterie, on dit que 100% des gagnants du gros lot avaient tenté leur chance.

Duh.

Linguistes, amateurs, académiques et dilletantes de la langue en tout genre ne s’entendent toutefois pas sur la réelle différence entre la tautologie et le pléonasme. Sur les forums de discussion (NDLR: l’expression forum de discussion est en soi un pléonasme, le forum romain étant à la base un endroit de discussion, de débat, de discours)

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Le Forum de Montréal était également un lieu de discussion animée, mais plutôt du style: «Heille. Steve Shutt pareil, hein?»

Le pléonasme vicieux, ce faux ami

Ionesco l’a déjà dit: prenez un pléonasme, caressez-le, il deviendra vicieux. Le pléonasme vicieux, parfois appelé battologie, parfois appelé perissologie (mais pas tant que ça tout de même) est une figure de style involontaire, dont l’exemple le plus populaire est probablement l’idiôme Monter en haut ou Descendre en bas (à ne pas confondre avec Descendre en bas parce que Papa dort et on ne veut pas le réveiller, enlève tes souliers pour venir me rejoindre au sous-sol, Manolo!).

Pour vous garder éduqués, voici une liste de pléonasmes vicieux et pourquoi il est de mauvais goût de les employer en société (lire: lors de votre party de bureau avec trois verres dans le nez devant la fille de marketing célibataire qui vous jugera à votre parlure, Christian de Neuvillette, parce qu’elle confond ses études en communication avec des études en linguistique et qu’elle dit tout de même “quand qu’on” gros comme le bras).

Bref.

Une bonne aubaine

«Oui, bonjour. J’appelle pour savoir si vous avez une bonne aubaine à me proposer.

– Non, cette semaine j’ai seulement la mauvaise aubaine que tu payes 20% de moins mais mes produits sont contaminés à l’ebola.

– Hm. Ça mérite réflexion.»

Averse de pluie

Campus universitaire

À noter que lorsque vous inviterez vos amis à vous rejoindre sur le campus de l’UQAM, il n’est pas primordial de leur préciser que c’est le campus Universitaire, nul d’entre eux ne se retrouvera par mégarde au campus mortuaire, au campus balnéaire ou au campus animalier.

Durer longtemps

C’est correct, Casanova, après un bout ça chauffe anyway.

Enfin pour conclure / Enfin pour terminer / Finalement pour finir

On le sait que l’épreuve uniforme de français te demande 900 mot, mais accouche, qu’on baptiste, j’ai 150 autres copies à corriger.

Le protagoniste principal

Es-tu en train de me dire qu’il y a un protagoniste secondaire dans ton histoire, Novarina?

Ta yeule, vis ta vie pis reste en vie

Je pensais à ça, KC MNLOP, mais même si je pouvais vivre ta vie plutôt que la mienne, je me garderais une petite gêne.

Monopole exclusif

Par opposition à un monopole inclusif, où le marché m’appartient, mais je respecte le fait que t’es obligé de passer par moi pour acheter ton champagne cheap pour le jour de l’an

Mauvaise orthographe / Bonne orthographe

Si c’est mal écrit, c’est pas une mauvaise orthographe, c’est juste rien, c’est pas un mot.

Un faux prétexte

Si ton prétexte que ta grand-mère est morte est vrai, ben ça veut dire que ta grand-mère est morte, et ça c’est quand même triste, alors je vais comprendre que tu viennes pas à ma projection privée de Elle a tout pour elle version remastérisée à  ̶l̶’̶E̶x̶c̶e̶n̶t̶r̶i̶s̶  au Cinéma du Parc.

 

– En bref –

Le pléonasme, c’est comme votre oncle Jacques à Noël. La première fois que vous entendez comment il a eu une panne sur la 20 et c’est Bruno Landry qui lui a fait un boost, c’est OK. La deuxième fois, après trois verres de vodka/lait de poule, c’est redondant.


 

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2 réflexions sur “Qu’est-ce que le pléonasme

  1. Je suis encore trauma du video d averse … entre de rires mais dans le genre raincoat en speedo on fait dans la capote de style. M enfin, j adore vous lire. Mes synapses font des bulles..c est que ça bouge ou respire selon…Puis-je demander un « encore » et sous peu ?

    Pour ajouter à la liste des phrases insuportables: « Personellement, moi, je pense que »….. c est clair que c est pas le voisin qui pense là mais ça nous divertirait de l introduire …. Trop de moi, tue le moi.

    Merci d écrire.

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