J’ai vu maman embrasser le père Noël: Adultère et nazisme

Dans cette série d’articles hivernaux, Littéraire Déchu s’attaque à certains classiques des chansons de Noël et vous explique, une analyse littéraire à la fois, à quel point il déteste vous entendre les fredonner en attendant l’autobus, les pieds dans la gadoue.

J’ai vu maman embrasser le Père Noël

« L’adultère encensée d’une chanson qui rappelle le triste souvenir de l’Allemagne Nazie. »

Quoi de mieux pour se mettre dans le mood que Marie-Élaine Thibert qui y va d’un pas de danse musical sur un show de musique Radio-Canadien, En direct de l’Univers, Belle et Bum, Unité 9, on le sait ben pas, on écoute pas la tivi, on préfère lire et pleurer dans le noir. (ou avec une lampe de poche, on lit pas le braille.)

C’est Noël et comme chaque année
Le petit Jojo a des joujoux plein sa ch’minée
Mais depuis la nuit même
Il a aussi un secret
À son nounours qu’il aime
Il mumure «si tu savais» 

Première question: pourquoi une chanson de Noël, supposée nous rappeler de doux souvenirs d’enfance, de plaisir, d’insouciance et de liberté, commence-t-elle avec un enfant qui voit, comme à chaque année, ses parents brûler tous ses jouets dans le foyer? Ce non-sens, cette entrée en matière haineuse est assez pour nous faire oublier l’allitération (jojo/joujoux) qui suit. L’autre élément perturbant de ce conte de Noël à la saveur bien particulière est l’emploi du mot « aussi », dans le vers « Il a aussi un secret. » Cette phrase étant positive, le mot « aussi » donne au mot « secret » une relation d’égalité à quelque chose d’autre – mais à quoi donc? Jojo a AUSSI un secret, c’est à dire que d’autres personnes ont un secret. Nous croyons tout d’abord qu’il s’agit du personnage « Nounours », pourtant nous sommes rapidement détrompés par l’idiome « si tu savais », qui signifie « OH LÀ LÀ IL S’EN PASSE DES CHOSES QUE TU NE SAIS PAS. » en langage d’enfant. 

Un examen du champ lexical composé des mots « nuit », « secret » et « murmure » nous pousse à établir le contexte de ce conte de Noël dans un endroit sombre, lugubre, où les enfants ont des secrets aussi terribles que ceux de leurs parents, secrets qu’ils ne peuvent même pas confier à leur plus proche allié, l’adjuvant « Nounours » (à ne pas confondre avec l’Adjudant Nounours, militaire américain emprisonné pour sodomie dans les années 50. Nous sommes avec toi, Nounours, où que tu sois.), tant ils sont dangereux.

Moi, j’ai vu petite maman hier soir
En train d’embrasser le Père Noël
Ils étaient sous le gui
Et me croyaient endormi
Mais sans en avoir l’air
J’avais mes deux yeux entr’ouverts 

Une chanson de Noël, nous le répétons, devrait être joyeuse, et non pas aborder sans dénoncer, c’est à dire PROMOUVOIR, l’adultère. Quand on sait que 49.9% des mariages se sont soldés par un divorce en 2008, brisant ainsi la vie de plusieurs enfants qui ne croiront subséquemment plus à l’amour, devenant des ivrognes, des âmes en peine, pire, des paroliers. Qui plus est, cette relation adultère secrète se passe dans la maison familiale, devant l’enfant innocent, qui n’a même pas la chance de protester, de croire à la pureté de sa mère, à la bonté des hommes. Non, dès son plus jeune âge, c’est le sexe, l’alcool, les bars et la drogue qui envahissent son pauvre imaginaire sans éducation.

Mais ça ne s’arrête pas là!

En sachant que l’enfant a un ourson en peluche et y allant avec la loi des moyennes, l’actuaire en chef de Littéraire Déchu nous rapporte que l’enfant, dans l’histoire, pourrait avoir 6 ans et que sa mère, entre 33 et 36 ans. N’est-il pas scandaleux alors de la voir se donner, vulgairement, telle une femme objet, un trophée, une barbie, à un homme (le Père Noël), beaucoup plus vieux qu’elle, promouvant ainsi le cliché du « Sugar Daddy » et de sa « Trophy Wife », et donner cet exemple à son fils, le jeune Jojo, qui lui-même perpétuera la roue malsaine, cherchant à tout prix la beauté avant l’amour et l’esprit, ajoutant à sa personnalité d’ivrogne incapable d’émotion une couche de misogynie, faisant 3 enfants à une femme pour ensuite la quitter, sans l’avoir mariée, et finir ses jours avec une autre, de 30 ans sa cadette, au volant d’une rutilante Mustang à Mont-Tremblant? En ce sens, la chanson fait la promotion d’un patriarcat crade.

Nous ne savons toujours pas qui est Guy et pourquoi ils s’embrassaient sous lui, ni quels étaient ses sentiments par rapport à la situation, que nous jugeons malaisante.

Ah si papa était v’nu à passer
J’me demande ce qu’il aurait pensé
Aurait-il trouvé naturel
Parce qu’il descend du ciel
Que maman embrasse le Père Noël 

Non, fiston. Il n’aurait pas trouvé ça naturel. Papa serait allé dans le garde-robe. Il aurait chargé le douze qu’il garde pour la chasse aux canards et il aurait descendu tous les rennes de Père-Noël devant ses yeux, pour lui faire ressentir la perte d’un être cher, à lui aussi. Il aurait probablement bu son lait, mangé ses biscuits et se serait masturbé avec le Fleshlight qu’il lui avait demandé pour Noël, parce que bon, lui et Maman, ça allait pas fort fort anyway, pour qu’elle le trompe avec un allemand barbu et obèse. Mettons que le sexe devait être rare.

Et c’est là le scénario le plus doux. Violence conjugale, meurtre, suicide, s’enfermer dans sa chambre et pleurer en écoutant du Vincent Vallières, Vincent Vallières qui fait un duo avec Kaïn, Roger Tabra qui en fait une ballade rock pour Éric Lapointe et Marie-Chantal Toupin,  les conséquences d’un tel baiser sont inimaginables et, surtout, toutes plus dégoûtantes les unes que les autres.

Quand j’ai vu petite maman hier soir
En train d’embrasser le Père Noël
J’ai bien cherché pourquoi
Et j’ai deviné je crois
C’est parce qu’il m’avait
Apporté de si beaux jouets 

Et/ou ta mère est une slut, Jojo. T’as pas honte?

Aussi pour l’an prochain j’ai bon espoir
Qu’il viendra encore à mon appel
Et de nouveau je ferai semblant
De dormir profondément
Si maman embrasse le Père Noël 

C’est dans ce dernier paragraphe que toute l’horreur de cette supposée « chanson de Noël » se révèle – puisque loin de vouloir dénoncer l’adultère, loin de vouloir mettre au jour la supercherie d’un vieillard qui séduit de jeunes maman grâce à ses pouvoirs magiques, l’enfant, en totale perte de repères, décide de fermer les yeux devant ce qu’il voit, même si cela devait se répéter année après année. Nous l’avons dit, le Père Noël retrace ses origines en France, en Hollande (maintenant les Pays-Bas) et en Allemagne. La chanson, écrite en 1952, tout de suite après la 2e Guerre Mondiale, nous force à soutenir l’hypothèse selon laquelle ce chant populaire ne renvoie non pas à l’esprit des fêtes et à une douce coquinerie entre adultes consentants, mais à l’Europe et à l’Allemagne Nazie, où des millions d’Allemands ont fermé les yeux sur les atrocités commises par leur pays au nom de la prospérité, à l’instar du jeune Jojo à propos du crime de sa mère.

C’est là que ce joue tout le drame de cette chanson. La prochaine fois que vous entendrez un enfant la chanter, nous vous invitons à lui intimer de se taire tout en lui expliquant toute la souffrance qui se cache derrière les paroles et de lui rappeler, par devoir de mémoire, la vraie signification des yeux fermés de Jojo et, à travers lui, l’innocence perdue de toute une nation… de toute une planète.

 

santa

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