Feu de paille, une analyse littéraire

Littéraire Déchu vous propose aujourd’hui le tube « Feu de paille », proooooobablement le titre de chanson le plus ironique étudié jusqu’à présent…

Feu de paille, d’Annie Major-Matte, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« Une relation amoureuse ratée se termine au bûcher. « 

Ainsi au ciné
C’est pas la peine de se demander
Vers quoi s’orienter
Car toi et moi on le sait
That I, no I, I never said I love you

Le poème « Feu de paille » de la poètesse Annie Major-Matte s’étend sur des couplets de quintains, le premier desquels s’articule autour de quatre rimes en « É », suivi d’une rime en « OU », ce qui, tant qu’à nous, prouve qu’AMM se fout bien du vieux truc littéraire qui dit qu’il faut impressionner son lectorat dès la première page de l’oeuvre.

Le premier vers se termine sur une troncation, puisque le mot « Ciné » renvoie effectivement à la forme scientifique « cinéma », « cinémascope » ou encore « cinématographie », nos généticiens littéraires (salutations à Mme Jacinthe Martel de l’UQAM) ne s’entendent pas encore tout à fait sur la forme longue à employer après avoir étudié les manuscrits du recueil « Dissidence ». Dans un cas comme dans l’autre, l’utilisation d’une troncation renvoie définitivement vers la langue paysanne, voire même le joual ou l’argot – nous pouvons donc affirmer sans l’ombre d’un doute que l’action se déroule dans Hochelaga-Maisonneuve (aussi appelé HOMA par des gens de peu de qualité, nous vous épargnerons les qualificatifs de haine attribués à ceux qui disent RoPePa) en 1965 ou, du moins, après l’apparition des salles de cinéma accessible au public. 

Nous fixons à date à 1965 puisque nous croyons que le poème se temporalise tout près de l’arrivée des salles de cinéma grand public grâce au vers « C’est pas la peine de se demander/Vers quoi s’orienter », qui démontre clairement que le protagoniste ne sait pas où est l’écran, révélant ainsi la nouveauté relative du médium. Nous imaginons donc un couple d’ami ou d’amants, confus, au milieu de la salle de cinéma, fixer le plafond, couchés sur le dos et se demander pourquoi c’est plate de même les vues. 

Et si on se connaissait
Comme on se connaîtrait
Si nous étions amants
Ne perdons surtout pas de temps
Still I, no I, I never say I love you

La prochaine strophe explique plus en détail la relation entre les deux protagonistes du poème: ils sont amis, mais l’un des deux aimeraient être amant. Ça rend l’autre mal à l’aise (à l’instar de la jeune Katia, en 6e année, qui avait répondu « Va chier » sur un papier roulé en boule après avoir lu le poème d’amour que le rédacteur en chef de Littéraire Déchu lui avait écrit, plein d’espoir, lui inculquant de ce coup une haine profonde de toute chose littéraire, le poussant par la suite à faire 5 ans d’études en littérature, juste pour faire chier. Nous connaissons la suite.)

Devant ce postulat, le personnage désiré répète au personnage désirant que « No, I never say I love you », c’est à dire qu’il ne dit jamais je t’aime. Nous avons donc un cynique, une blasée de l’amour, peut-être est-ce plutôt quelqu’un qui ne croît plus à l’amour, trop blessé, ou encore une figure du Don Juan moderne, prenant vie sous la plume affinée d’AMM, qui même s’il aime beaucoup, n’est pas nécessairement meilleur pour aimer. (Copyright Felix Gray 2004).

Ce n’est qu’un feu de paille
I never said I loved you
Dis qu’est-ce qu’on attend ?
Mais c’est pas la peine de croire
Qu’un seul feu de paille
Would make me say I love you
Viens vers moi tendrement
But I’ll never say I love you
I never said I love you

Comme à l’habitude de nos poètes favoris, c’est lors du refrain qu’est révélé au lecteur la clé principale de l’intrigue. L’apparition soudaine des mots « Feu de paille » vient apporter un éclairage soudain à la poésie de Mme Major-Matte. Un rapide examen du champ lexical de l’expression feu de paille nous permet de mettre au jour le lien qui unit les mots « feu » et « paille », qui, lorsque conjugués ensemble, renvoient bien évidemment aux bûchers sur lesquels ont brûlé les sorcières de Salem en 1692. Effectivement, c’était sur des bûchés de bois et de paille que celles-ci étaient attachées pour ensuite être renvoyées en enfer. 

Nous réalisons donc toute l’horreur des paroles couchées sur le papier devant nous en même temps que le protagoniste « désiré » qui découvre que le « désirant », en quête de l’objet « I love you » utilise le « feu de paille », c’est à dire le « bûcher », qui est l’opposant de l’adjuvant qui est « Never said I love you », pour obtenir ce qu’il désire, c’est à dire le « Désiré », qui est à la fois sujet et destinataire selon le schéma actanciel suivant. 

actanciel

Pour simplifier, quelqu’un menace le protagoniste de se brûler vif s’il ne lui dit pas « je t’aime », ce qui est, à notre connaissance, le synopsis de 70% des comédies romantiques et la nouvelle ligne éditoriale du Voir*

Tu peux disposer
Ta respiration s’est calmée
Ta chemise est sous l’oreiller
Et tes souliers dans l’escalier
Babe I, no I, I never said I love you

Dans cette strophe, le narrateur utilise plusieurs euphémismes pour aborder le sujet du suicide du « désirant » qui, n’ayant pas obtenu ce qu’il voulait, c’est à dire l’amour du narrateur, s’incinère sur le feu de paille qui donne son titre au poème. Le premier vers, « Tu peux disposer », étant un euphémisme voulant dire: « D’accord, tu peux maintenant mourir comme le psychopathe que tu es », tandis que le second « Ta respiration s’est calmée », atténue le véritable propos du narrateur, qui nous laisse savoir que son interlocuteur est mort, probablement réduit en poussière et/ou en masse sanguinolente de peau brûlée, telle une Jeanne D’Arc des relations malsaines.

Les trois vers suivants sont en fait un rappel passif-agressif du narrateur nous indiquant que l’amour étant impossible entre lui-même et le désirant puisque celui-ci se laissait traîner un peu partout dans la maison.

Quand tu me fuis
Je cours et puis je te suis
Toi tu me fuis
Quand tu me suis
J’plonge dans l’oubli, l’oubli

À noter que le dernier vers de cette strophe n’est pas une métaphore à propos d’Alexandre Despatie suite à son dernier plongeon raté lors des jeux de Londres 2012.

Mais j’te dirai jamais « Je t’aime »
I never said I love you
I never say I love you
Mais j’te dirai jamais « Je t’aime »

*Hipelaye on va mourir.
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