Ça va bien, Kathleen – Une analyse littéraire

Littéraire Déchu vous présente aujourd’hui une analyse littéraire de l’hymne « Ça va bien », composée par l’aède Kathleen. Nous nous excusons à toutes les mamans qui ont dû jeter des bas collants suite à l’écoute du vidéoclip par leur progéniture et à tous les papas qui ont dû payer une teinture blonde à leur fille de 12 ans en 1993.

Ça va bien, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« Une hymne tragique à propos de suicide, d’itinérance et de la désinstitutionnalisation au Québec dans les années 1990. »

L’eau a tant passé sous le pont
Que de son lit
Une autre page s’est tournée
Enfin je sors d’une prison
Qui me gardait
Bien enfermée dans le passé

L’hymne « Ça va bien » de Kathleen a été publiée en 1993 chez l’éditeur « SONY MUSIQUE ». L’hymne commence par les réflexions mélancoliques d’un narrateur qui regarde l’eau d’un ruisseau ou d’un fleuve, le poème n’est pas tout à fait clair quant à la terminologie préciser à employer en la matière du cours d’eau dont il est question, nous pourrions également avoir à faire à une rivière ou à un ruisselet, cependant nous pouvons assurer qu’il ne s’agit pas d’une rigole puisque personne ne fait de pont au-dessus d’une rigole. Nous avons contacté un expert en la matière de cours d’eau, mais n’avons pas eu de retour d’appel: Roy, si tu lis ceci, appelle-nous. 

Nous sommes donc en présence d’un narrateur qui regarde l’eau s’écouler de sous un pont, où est situé son lit, ce qui nous indique très clairement que celui-ci est pauvre, possiblement un itinérant ou un troll. La deuxième partie de la strophe jette un éclairage sombre sur les méditations de ce narrateur, qui est en fait un ex-prisonnier qui sort à peine de de cet endroit qui le gardait bien « enfermé dans le passé ». Sa situation comme locataire d’un « dessour » de pont nous indique que sa réinsertion sociale ne s’est pas exactement bien déroulée. Les mots « Une autre page s’est tournée » ne fait pas référence à un livre dont on tourne les pages, c’est plutôt une métaphore. Aucune page n’est littéralement tournée. On parle plutôt d’un pan de la vie du narrateur-prisonnier-troll.

Dans ma tête résonnent les sons
D’une mélodie
Que j’avais presque oubliée
Tout se met au diapason
D’une simple note
Qui me donne envie de chanter

Alors que la première strophe illustrait le contexte de l’hymne-poème « Ça va bien » en établissant le narrateur et protagoniste de la prose comme étant un ex-prisonnier ou un troll qui pleure sous un pont, la deuxième strophe nous donne un aperçu troublant de ce qui se déroule véritablement dans la tête de celui-ci. Alors que le champ lexical composé de mot comme « sons, résonnent, mélodie, diapason, note et chanter » pourraient nous faire croire que le narrateur est un musicien, l’analyse poussée de la première strophe faite précédemment nous laisse plutôt croire que nous avons ici à ce que le manuel DSM V appellerait un trouble schizoïde paranoïaque dont certains des symptômes sont reliés à l’impression d’entendre des voix ou même, dans des cas plus rares, des mélodies, des berceuses chantées par maman pour vous rassurer, et si le narrateur est investi par le désir de chanter, c’est simplement pour se consoler, un peu comme maman le faisait quand le narrateur tombait en s’écorchant le genou, ou lorsque papa le frappait trop fort sur les fesses parce qu’il avait renversé la jarre à biscuit. 

Devant la révélation de cet état d’esprit perturbé du narrateur, nous ne pouvons en conclure qu’une seule chose: la prison à laquelle dont on fait allusion lors de la première strophe n’est pas une prison comme telle, mais bien un institut psychiatrique, et le narrateur, non pas un prisonnier, mais un patient victime de la désinstitutionnalisation des années 1990 qui, de retour à la rue, ne trouve d’autre moyen pour sauver son âme (intertextualité qui renvoie à Luc De Larochellière) que de ce bercer doucement en se murmurant des comptines. 

Je sens que tous les chemins
Me mènent où ça va bien

Ça va bien
Même quand il pleut
Le soleil me tend la main
Ça va bien
Ça va si bien
Comme la vie me donne faim
Ça va bien

Comptine d’une infinie tristesse s’il en est une, et l’auteure du poème révèle ici tout le drame du narrateur en lui faisant opposer deux champs lexicaux: l’un qui relève de la comptine qui doit lui donner espoir, qui doit le pousser à essayer de continuer de vivre (ça va bien, soleil, tend la main, ça va si bien); l’autre qui reflète plutôt sa réalité (pleuvoir, faim).

536019287_d5eeafcd5b_o

Comme si j’avais trouvé le chaînon
Qui me manquait
Pour aller plus loin et plus haut
Je ne me pose plus de questions
Je me laisse aller
Au courant qui mène mon radeau

La patience me donne sa rançon
Elle m’applaudit
D’une récompense bien méritée
Qui est faite de sa vision
Qui me prédit
Un monde entier à ma portée

De retour à la triste réalité du narrateur-désinstitutionnalisé-itinérant-troll -sous-un-pont, celui-ci semble, après un moment, avoir un éclair de génie et décide de se construire un radeau pour quitter son dessous de pont. La quatrième strophe nous donner pourtant quelques indices qu’il y a anguille sous roche derrière cette idée, ce « chaînon » manquant qui pourrait délivrer le narrateur. 

Et c’est là, en plein milieu de la cinquième strophe, BAM! comme ça, comme une tonne de briques, que ça nous frappe: toute la chanson et sa métaphore filée de cours d’eau, de radeaux et de prison n’est qu’une métaphore à propos… du suicide! Cette prison référée en début de poème n’est autre que la vie, qui n’a plus rien à offrir au narrateur. Le pont, lui, fait clairement référence au tunnel auquel on attribue souvent une lumière brillante, au bout, lors de la mort, c’est un passage. Le passage de la vie à la mort. La page qui se tourne prend tout son sens, on tourne la page sur cette  vie terrestre. Lorsque le narrateur affirme pouvoir aller « Plus haut et plus loin » grâce à son radeau, nous sommes en mesure de nous demander comment, puisque les radeaux voguent à l’horizontal et, plus souvent qu’autrement, ils coulent; et lorsqu’il affirme ne plus se poser de questions, le narrateur veut-il par là affirmer qu’il s’en remet à son destin? Mais quel destin? Pourquoi se « laisse-t-il aller »? Se laisser aller à quoi ? La récompense, c’est la mort, et toute cette eau qui hante la chanson, toutes ces références aqueuses pointent vers un suicide par noyade, à bord d’un radeau de de la dernière chance. La seule note d’espoir se trouve à la fin du poème, dans un vers où le narrateur s’en remet à la foi chrétienne et à l’espoir de résurrection. La chanson se termine avec un retour au refrain, cette tragique comptine, ça va bien, que nous imaginons le narrateur se répéter, frénétiquement, puis, doucement, calmement, alors que les eaux du fleuve Saint-Laurent (ah, oui, Roy nous a rappelé) l’avalent pour ne plus jamais le recracher. L’aède Kathleen frappe encore une fois avec cet hymne tragique qui rappelle la valeur de la vie tout en mettant en garde la société Québécoise contre les dangers de la désinstitutionnalisation…

REFRAIN

Publicités

Si vous avez quelque chose à rajouter...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s