Géant, Sauve-toé pas: une analyse littéraire

Ça fait déjà quelques mois que Géant et son simple « Sauve-toé pas » ont été relégués aux oubliettes des phénomènes éphémères de Youtube. Tout le monde, dans le coin de Mars 2011, a pu se délecter des paroles inoubliables et, surtout, de l’esthétique médiocre du vidéoclip du sympathique, quoique douchesque, chanteur à la thyroïde hyperactive. Mais alors que les gens se sont attardés puis ont oublié (sauf moi et un chummey qui chantons toujours cette chanson ensemble chaque fois qu’on se voit) la chose, personne n’a plongé dans toute la compléxité des paroles de Géant. Alors pour vous, sans plus tarder, voici l’analyse littéraire de l’oeuvre. Mais, pour commencer, le vidéo!

Pas mal, hein? Allons-y maintenant pour les paroles et, bien sûr, l’analyse.

GÉANT – Sauve toé pas
Va t’en pas
Dis moé ce qui te ferais sourire
J’suis le génie de tes désirs
(On peut tout d’abord remarquer que Géant adopte une forme non conventionnelle pour sa chanson, laissant tomber les formes désuètes du Sonnet ou de la Ballade, optant plutôt pour une forme libre, comme lui.
On peut remarquer qu’en se comparant, dès la première strophe, au personnage mythique qu’est le génie, Géant, dont l’habile subterfuge fut de choisir un nom qui n’étais pas le sien, vient renforcer l’idée qu’on se fait de lui, c’est à dire d’un personnage fort, loin de l’humain, un artiste pur. Les influences de David Bowie sont ici très claires dans ce désir de self-mythologisation ou, auto-mythologisation, dans la lignée des Ziggy Stardust, Lady Gaga ou Michèle Richard)
Ziggy
Influence claire de Géant
Cache toé pas
J’ai ben trop de chose à te dire
Viens que je t’emmène dans mon empire
(Côté forme, dans cette strophe et tout au long du poème, l’utilisation du « toé », ou encore du « ben » renvoie aux origines humbles de Géant. Devant le monopole de la poésie et de la chanson par labourgeoisie et l’aristocratie, Géant fait un Georges Brassens de lui-même et fait de la poésie simplement. On revient à l’auto-mythologisation avec la référence à l’empire, qui réfère au probablement au Royaume d’Arthur, le personnage de Géant étant associé, de par son obsession pour l’amour courtois (les fleurs, plus tard, les mots doux, l’amour) à Lancelot du Lac ou Perceval.)
(REFRAIN)
Heille! Sauve-toé pas!
Donne-moé mon bec avant de partir!
T’as toujours su comment me séduire
(L’utilisation de l’interjection (« Heille! ») et de l’impératif au deuxième vers insuffle un sentiment d’urgence un poème, mais également une certaine violence. Géant donne des ordres; l’interlocutrice du narrateur ne saurait se sauver sans embrasser celui-ci. Pourtant, on parle d’un bec, et non d’un baiser. Le bec étant le pendant enfantin du baiser, on pourrait croire que le narrateur vit une sortie de relation incestueuse avec son amoureuse, qui joue également le rôle de mère. Donne-moé mon bec avant de partir, comme l’implorerait un enfant à sa mère après que celle-ci l’ait bordé. Le bec devient jeu de séduction et l’interlocutrice devient une figure d’Héra, à la fois mère, à la fois femme, fertile, mais sexuée.)
Tiens! V’la tes fleurs
Je les avais cachées dans l’armoire
Pensais-tu t’en sauver à soir?
(Côté forme, c’est la première fois que le premier vers d’une strophe ne se termine pas en « pas », mais plutôt par fleur. Pourtant, la rime, certainement plus douce, est assombrie par l’emploi de l’interjection encore une fois très directe, « Tiens! », qui bouscule le rythme du vers. L’emploi du mot « armoire » reflète un sens doubleLe narrateur semble en effet cacher quelque chose, en l’occurence, ses fleurs. Pourquoi les cache-t-il? Pour jouer, peut-être? Ou alors, peut-être parce qu’il a honte, honte de quoi? Peut-être de son homosexualité, armoire étant un synonyme de placard, avec sensiblement la même forme syllabique et à peu près la même prononciation. Les fleurs deviennent donc une représentation du narrateur qui, lui aussi, sort du placard et arrête de se cacher. Tiens!, dit-il, voici qui je suis, et il n’a plus honte. Deuxième hypothèse: le mot armoire renvoie à « Armoirie » et vient ainsi appuyer la thèse du narrateur comme poète-chevalier; son amour (les fleurs) étant caché derrière son devoir (les armoiries).
Le vers Pensais-tu t’en sauver à soir implique probablement une torride session d’amour non-consentente.)
Heille, ma douce!
On es-tu ben ensemble.
Moé que je sais qu’à chaque jour j’en reviens pas.
(On sort ici de la forme A-B-B qui régissait la chanson depuis le début au niveau des rimes pour un chaotique A-B-C, qui reflète le chamboulement que ressent le poète narrateur chevalier à la vue de sa douce. L’emploi de « Ma douce » vient clarifier, finalement, le sexe de l’interlocutrice.)
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L’interlocutrice est peut-être aussi un savon, car les savons sont reconnus pour leur douceur.
J’aime assez ça me coller su toé
En écoutant nos émissions préférées
J’toujours en manque
En manque de ta bouche dorée
(Le mot clé de cette strophe semble être le mot « manque », répété par deux fois par le chanteur. Le manque peut certainement renvoyer au manque sexuel, qui vient expliquer pourquoi il insiste, lors du refrain « Pensais-tu t’en sauver à soir »; puisque la satiété sexuelle est impossible, chaque nuit est une orgie. La figure de la bouche dorée pourrait donner à penser à deux symboles différents, le premier étant celui du Roi Midas, qui changeait en or tout ce qu’il touchait. La bouche dorée renvoit à ce conte et donc au besoin incessant d’argent, d’or et de bijoux du poète narrateur chevalier pimp, qui ne vit que pour la dorure, la parure, et cette interlocutrice qui devient en quelque chose son trophée.
Le deuxième symbole auquel renvoit la bouche dorée (golden), est au symbole du Golden shower.)
(REFRAIN)
 
Ouais!
(Une strophe, un vers, un mot; toute l’intensité de la chanson converge ici.)
Laisse moé te toucher!
Laisse moé te goûter!
(Dans un moment de confusion, le narrateur poète chevalier pimp confond sa douce pour une pâtisserie.)
T’es vraiment la plus belle
Ma femelle à moé!
Quand je te regarde je m’entends rêver.
(L’utilisation du mot femelle, bien sûr, évoque un aspect primaire, presque animal à la relation que vit le narrateur poète chevalier pimp avec sa douce. Plutôt que de l’appeler une femme et de renvoyer à des critères de beauté conventionnelle, le poète narrateur chevalier pimp choisit d’employer le mot femelle. Ses critères de beauté sont donc animaux, et les animaux choisissent la femelle le plus susceptible de leur donner plusieurs enfants. Le narrateur poète chevalier pimp père de famille cherche donc une mère pour ses enfants, et non pas une relation basée sur le sexe ou même l’amour. C’est son désire de procréer et de sauvegarder la race qui anime donc le narrateur. Le titre de la chanson « Sauve-toé pas », prend donc tout son sens: « Sauve-toé pas, j’ai encore de la semance pour tes entrailles. » aurait été plus juste.)
Ouais.
OUAIS!
OUAIIIS!
(Sachant que la chanson est une ode à la fertilité, nous pouvons déduire que ces « Ouais » sont des cris de jouissance et de viendu.)
(Refrain)
 
T’es mon bijou
Qui brille tout le temps
Par en dedans

(Alors qu’il est évident que le bijou est l’interlocutrice du narrateur, sa qualité de briller par en dedans n’évoque non pas une malformation génétique ou encore la lumière intérieure (Dieu) qui animait le coeur, selon Descartes, mais bien l’enfant qui s’apprête à naître et qui a été conçu de cette union entre un homme et une femme. Fécondée, l’interlocutrice, mère et amante du narrateur, porte en son ventre la lumière qui fera à jamais scintiller l’espèce humaine et animale: le miracle de la vie.)

Dans son tout, Sauve-toé pas, de Géant est donc une ode à la fertilité et aux chevaliers errants qui cherchent une gente dame à fourrer.

Merci.

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