Qu’est-ce que le pléonasme

Sortant de sa torpeur et ne promettant en rien de ne pas y retomber, Littéraire Déchu s’attaque aujourd’hui à une figure de style controversée: Le Pléonasme. Controversée? Oui! Le pléonasme est la figure de style que vous employez à profusion s’en même vous en rendre compte, et ce, souvent, dans l’erreur!

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Crédit: Topito

Le pléonasme, une origine

Depuis que l’homme descend du singe, nous savons que toute chose remonte à autre chose, et pour demeurer dans cette veine académique fort utile à la détermination de ces dites choses (par exemple, lorsque vous demandez à un homme: «Ouain, pis, d’où viens-tu, toi?» et qu’il répond «’chlague, lol», vous savez que vous n’irez pas déguster un repas 5 services au Bleu Raisin par la suite) nous commencerons cette analyse en disant que le mot pléonasme renvoie au grec ancien pleonasmós, ce n’est pas très utile à savoir, mais ça se glisse bien dans une conversation sur la dernière mise à jour du Grevisse.

Le pléonasme, une définition

Le pléonasme, selon l’Académie française, est « Figure par laquelle on redouble une expression pour la renforcer. » Le Larousse, quant à lui, définit le pléonasme comme étant une «répétition dans un même énoncé de mots ayant le même sens, soit par maladresse, soit dans une intention stylistique.»

On dit d’un pléonasme maladroit qu’il est vicieux, comme dans l’exemple suivant: «T’es tu touché le petit pipi cette nuit?» C’est un pléonasme vicieux puisque tout le monde sait que votre pipi est petit.

CQFD.

Mais encore?

Le pléonasme est utilisé, en littérature, pour renforcer un point. C’est une suite de mot ou un agencement de phrases qui veulent dire la même chose. Il sera souvent utilisé pour s’assurer de la bonne compréhension d’une idée, pour mettre l’accent sur une cocasserie ou pour embêter son interlocuteur pour le faire sentir cave.

L’exemple le plus commun du pléonasme nous provient du Tartuffe de Molière (NDLR: prière de ne pas nommez vos enfants Tartuffe, nous réalisons que les noms d’époque (Anatole, Arthur, Albert, Léo) reviennent à la mode, mais un procédé de décomposition ramène le nom Tartuffe très près de l’insulte à caractère sexuello-capilaire «Ta touffe». Nous vous prions donc de vous abstenir) dans la phrase suivante.

« Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,

ce qui s’appelle vu… »

Tartuffe

Voici le visage d’un homme qui va se faire niaiser dans la cours d’école (ou encore qui est interdit de présence à moins de 50 mètres d’une école, c’est selon)

Entendons-nous. Après avoir lu cet extrait, il n’y aucune confusion possible, le personnage a bel et bien vu la chose qu’il dit voir. Qui plus est, il s’assurer de nous faire comprendre, nous, pauvre public, qu’il l’a vu avec ses yeux! Pas avec sa bouche (sens du goût), pas avec son nez (l’odorat), pas avec ses oreilles (l’ouïe), pas avec sa peau (toucher), mais bien avec ses yeux (vision). Il n’a pas eu vent de rumeur, il n’a pas entendu dire, il n’a pas parlé à quelqu’un qui l’a vu, non, c’est lui, LUI, qui l’a vu. Il insiste. Nous rendons les armes devant tant d’ardeur et nous pouvons faire autrement que de le croire!

Des pléonasmes sémantiques

Le pléonasme peut également être utilisé pour exciter l’imagination d’un lecteur ou d’un interlocuteur anxieux d’être impressionné par vos prouesses verbales. Par exemple, lorsque votre amante vous demande si vous l’aimez et si vous désirez faire acte de procréation avec elle, vous pourriez lui dire.

«OK.»

Mais ça ne serait ni romantique, ni passionné. Vous pourriez alors opter pour un.

«J’suis partant.»

Nous l’admettons, c’est plus poli, mais ça manque de couleur. En admettant que vous soyez en verve, vous pourriez lui  murmurer.

«Oui, je te veux.»

Mais après la lecture de cet article, vous serez en mesure d’employer un pléonasme pour renforcer votre point, paraître romantique, même, en insistant.

«Je te veux, toi.»

BINGO. Devant votre insistante à professer votre désir pour elle et nulle autre par l’emploi d’un habile pléonasme, elle sera vôtre à jamais. (à moins que vous ne soyez un horrible menteur près à employer des figures rhétoriques pour arriver à vos fins/un avocat).

Le pléonasme, dans sa plus simple expression, ne sera que la redondance du même mot. Dans le recueil de texte Album du peuple tome 3 du poète québécois François Pérusse, on peut retrouver un tel pléonasme dans la phrase suivante.

Une dette, c’est une dette.

L’évidence est faite, le pléonasme sert ici à prouver qu’il faut s’acquitter de ses dettes, puisqu’une dette, c’est une dette. C’est une fatalité. On ne s’en sort pas.

La tautologie, ce cousin germain

Hormis un mot impressionnant, quoique complexe, à assembler au Scrabble, la tautologie est la cousine statistique du pléonasme, plutôt utilisée d’une façon à ce que la phrase qui la véhicule ne puisse être autrement que vraie. Dans cet exemple souvent utilisé en lotterie, on dit que 100% des gagnants du gros lot avaient tenté leur chance.

Duh.

Linguistes, amateurs, académiques et dilletantes de la langue en tout genre ne s’entendent toutefois pas sur la réelle différence entre la tautologie et le pléonasme. Sur les forums de discussion (NDLR: l’expression forum de discussion est en soi un pléonasme, le forum romain étant à la base un endroit de discussion, de débat, de discours)

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Le Forum de Montréal était également un lieu de discussion animée, mais plutôt du style: «Heille. Steve Shutt pareil, hein?»

Le pléonasme vicieux, ce faux ami

Ionesco l’a déjà dit: prenez un pléonasme, caressez-le, il deviendra vicieux. Le pléonasme vicieux, parfois appelé battologie, parfois appelé perissologie (mais pas tant que ça tout de même) est une figure de style involontaire, dont l’exemple le plus populaire est probablement l’idiôme Monter en haut ou Descendre en bas (à ne pas confondre avec Descendre en bas parce que Papa dort et on ne veut pas le réveiller, enlève tes souliers pour venir me rejoindre au sous-sol, Manolo!).

Pour vous garder éduqués, voici une liste de pléonasmes vicieux et pourquoi il est de mauvais goût de les employer en société (lire: lors de votre party de bureau avec trois verres dans le nez devant la fille de marketing célibataire qui vous jugera à votre parlure, Christian de Neuvillette, parce qu’elle confond ses études en communication avec des études en linguistique et qu’elle dit tout de même “quand qu’on” gros comme le bras).

Bref.

Une bonne aubaine

«Oui, bonjour. J’appelle pour savoir si vous avez une bonne aubaine à me proposer.

– Non, cette semaine j’ai seulement la mauvaise aubaine que tu payes 20% de moins mais mes produits sont contaminés à l’ebola.

– Hm. Ça mérite réflexion.»

Averse de pluie

Campus universitaire

À noter que lorsque vous inviterez vos amis à vous rejoindre sur le campus de l’UQAM, il n’est pas primordial de leur préciser que c’est le campus Universitaire, nul d’entre eux ne se retrouvera par mégarde au campus mortuaire, au campus balnéaire ou au campus animalier.

Durer longtemps

C’est correct, Casanova, après un bout ça chauffe anyway.

Enfin pour conclure / Enfin pour terminer / Finalement pour finir

On le sait que l’épreuve uniforme de français te demande 900 mot, mais accouche, qu’on baptiste, j’ai 150 autres copies à corriger.

Le protagoniste principal

Es-tu en train de me dire qu’il y a un protagoniste secondaire dans ton histoire, Novarina?

Ta yeule, vis ta vie pis reste en vie

Je pensais à ça, KC MNLOP, mais même si je pouvais vivre ta vie plutôt que la mienne, je me garderais une petite gêne.

Monopole exclusif

Par opposition à un monopole inclusif, où le marché m’appartient, mais je respecte le fait que t’es obligé de passer par moi pour acheter ton champagne cheap pour le jour de l’an

Mauvaise orthographe / Bonne orthographe

Si c’est mal écrit, c’est pas une mauvaise orthographe, c’est juste rien, c’est pas un mot.

Un faux prétexte

Si ton prétexte que ta grand-mère est morte est vrai, ben ça veut dire que ta grand-mère est morte, et ça c’est quand même triste, alors je vais comprendre que tu viennes pas à ma projection privée de Elle a tout pour elle version remastérisée à  ̶l̶’̶E̶x̶c̶e̶n̶t̶r̶i̶s̶  au Cinéma du Parc.

 

– En bref –

Le pléonasme, c’est comme votre oncle Jacques à Noël. La première fois que vous entendez comment il a eu une panne sur la 20 et c’est Bruno Landry qui lui a fait un boost, c’est OK. La deuxième fois, après trois verres de vodka/lait de poule, c’est redondant.


 

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J’ai vu maman embrasser le père Noël: Adultère et nazisme

Dans cette série d’articles hivernaux, Littéraire Déchu s’attaque à certains classiques des chansons de Noël et vous explique, une analyse littéraire à la fois, à quel point il déteste vous entendre les fredonner en attendant l’autobus, les pieds dans la gadoue.

J’ai vu maman embrasser le Père Noël

« L’adultère encensée d’une chanson qui rappelle le triste souvenir de l’Allemagne Nazie. »

Quoi de mieux pour se mettre dans le mood que Marie-Élaine Thibert qui y va d’un pas de danse musical sur un show de musique Radio-Canadien, En direct de l’Univers, Belle et Bum, Unité 9, on le sait ben pas, on écoute pas la tivi, on préfère lire et pleurer dans le noir. (ou avec une lampe de poche, on lit pas le braille.)

C’est Noël et comme chaque année
Le petit Jojo a des joujoux plein sa ch’minée
Mais depuis la nuit même
Il a aussi un secret
À son nounours qu’il aime
Il mumure «si tu savais» 

Première question: pourquoi une chanson de Noël, supposée nous rappeler de doux souvenirs d’enfance, de plaisir, d’insouciance et de liberté, commence-t-elle avec un enfant qui voit, comme à chaque année, ses parents brûler tous ses jouets dans le foyer? Ce non-sens, cette entrée en matière haineuse est assez pour nous faire oublier l’allitération (jojo/joujoux) qui suit. L’autre élément perturbant de ce conte de Noël à la saveur bien particulière est l’emploi du mot « aussi », dans le vers « Il a aussi un secret. » Cette phrase étant positive, le mot « aussi » donne au mot « secret » une relation d’égalité à quelque chose d’autre – mais à quoi donc? Jojo a AUSSI un secret, c’est à dire que d’autres personnes ont un secret. Nous croyons tout d’abord qu’il s’agit du personnage « Nounours », pourtant nous sommes rapidement détrompés par l’idiome « si tu savais », qui signifie « OH LÀ LÀ IL S’EN PASSE DES CHOSES QUE TU NE SAIS PAS. » en langage d’enfant. 

Un examen du champ lexical composé des mots « nuit », « secret » et « murmure » nous pousse à établir le contexte de ce conte de Noël dans un endroit sombre, lugubre, où les enfants ont des secrets aussi terribles que ceux de leurs parents, secrets qu’ils ne peuvent même pas confier à leur plus proche allié, l’adjuvant « Nounours » (à ne pas confondre avec l’Adjudant Nounours, militaire américain emprisonné pour sodomie dans les années 50. Nous sommes avec toi, Nounours, où que tu sois.), tant ils sont dangereux.

Moi, j’ai vu petite maman hier soir
En train d’embrasser le Père Noël
Ils étaient sous le gui
Et me croyaient endormi
Mais sans en avoir l’air
J’avais mes deux yeux entr’ouverts 

Une chanson de Noël, nous le répétons, devrait être joyeuse, et non pas aborder sans dénoncer, c’est à dire PROMOUVOIR, l’adultère. Quand on sait que 49.9% des mariages se sont soldés par un divorce en 2008, brisant ainsi la vie de plusieurs enfants qui ne croiront subséquemment plus à l’amour, devenant des ivrognes, des âmes en peine, pire, des paroliers. Qui plus est, cette relation adultère secrète se passe dans la maison familiale, devant l’enfant innocent, qui n’a même pas la chance de protester, de croire à la pureté de sa mère, à la bonté des hommes. Non, dès son plus jeune âge, c’est le sexe, l’alcool, les bars et la drogue qui envahissent son pauvre imaginaire sans éducation.

Mais ça ne s’arrête pas là!

En sachant que l’enfant a un ourson en peluche et y allant avec la loi des moyennes, l’actuaire en chef de Littéraire Déchu nous rapporte que l’enfant, dans l’histoire, pourrait avoir 6 ans et que sa mère, entre 33 et 36 ans. N’est-il pas scandaleux alors de la voir se donner, vulgairement, telle une femme objet, un trophée, une barbie, à un homme (le Père Noël), beaucoup plus vieux qu’elle, promouvant ainsi le cliché du « Sugar Daddy » et de sa « Trophy Wife », et donner cet exemple à son fils, le jeune Jojo, qui lui-même perpétuera la roue malsaine, cherchant à tout prix la beauté avant l’amour et l’esprit, ajoutant à sa personnalité d’ivrogne incapable d’émotion une couche de misogynie, faisant 3 enfants à une femme pour ensuite la quitter, sans l’avoir mariée, et finir ses jours avec une autre, de 30 ans sa cadette, au volant d’une rutilante Mustang à Mont-Tremblant? En ce sens, la chanson fait la promotion d’un patriarcat crade.

Nous ne savons toujours pas qui est Guy et pourquoi ils s’embrassaient sous lui, ni quels étaient ses sentiments par rapport à la situation, que nous jugeons malaisante.

Ah si papa était v’nu à passer
J’me demande ce qu’il aurait pensé
Aurait-il trouvé naturel
Parce qu’il descend du ciel
Que maman embrasse le Père Noël 

Non, fiston. Il n’aurait pas trouvé ça naturel. Papa serait allé dans le garde-robe. Il aurait chargé le douze qu’il garde pour la chasse aux canards et il aurait descendu tous les rennes de Père-Noël devant ses yeux, pour lui faire ressentir la perte d’un être cher, à lui aussi. Il aurait probablement bu son lait, mangé ses biscuits et se serait masturbé avec le Fleshlight qu’il lui avait demandé pour Noël, parce que bon, lui et Maman, ça allait pas fort fort anyway, pour qu’elle le trompe avec un allemand barbu et obèse. Mettons que le sexe devait être rare.

Et c’est là le scénario le plus doux. Violence conjugale, meurtre, suicide, s’enfermer dans sa chambre et pleurer en écoutant du Vincent Vallières, Vincent Vallières qui fait un duo avec Kaïn, Roger Tabra qui en fait une ballade rock pour Éric Lapointe et Marie-Chantal Toupin,  les conséquences d’un tel baiser sont inimaginables et, surtout, toutes plus dégoûtantes les unes que les autres.

Quand j’ai vu petite maman hier soir
En train d’embrasser le Père Noël
J’ai bien cherché pourquoi
Et j’ai deviné je crois
C’est parce qu’il m’avait
Apporté de si beaux jouets 

Et/ou ta mère est une slut, Jojo. T’as pas honte?

Aussi pour l’an prochain j’ai bon espoir
Qu’il viendra encore à mon appel
Et de nouveau je ferai semblant
De dormir profondément
Si maman embrasse le Père Noël 

C’est dans ce dernier paragraphe que toute l’horreur de cette supposée « chanson de Noël » se révèle – puisque loin de vouloir dénoncer l’adultère, loin de vouloir mettre au jour la supercherie d’un vieillard qui séduit de jeunes maman grâce à ses pouvoirs magiques, l’enfant, en totale perte de repères, décide de fermer les yeux devant ce qu’il voit, même si cela devait se répéter année après année. Nous l’avons dit, le Père Noël retrace ses origines en France, en Hollande (maintenant les Pays-Bas) et en Allemagne. La chanson, écrite en 1952, tout de suite après la 2e Guerre Mondiale, nous force à soutenir l’hypothèse selon laquelle ce chant populaire ne renvoie non pas à l’esprit des fêtes et à une douce coquinerie entre adultes consentants, mais à l’Europe et à l’Allemagne Nazie, où des millions d’Allemands ont fermé les yeux sur les atrocités commises par leur pays au nom de la prospérité, à l’instar du jeune Jojo à propos du crime de sa mère.

C’est là que ce joue tout le drame de cette chanson. La prochaine fois que vous entendrez un enfant la chanter, nous vous invitons à lui intimer de se taire tout en lui expliquant toute la souffrance qui se cache derrière les paroles et de lui rappeler, par devoir de mémoire, la vraie signification des yeux fermés de Jojo et, à travers lui, l’innocence perdue de toute une nation… de toute une planète.

 

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Feu de paille, une analyse littéraire

Littéraire Déchu vous propose aujourd’hui le tube « Feu de paille », proooooobablement le titre de chanson le plus ironique étudié jusqu’à présent…

Feu de paille, d’Annie Major-Matte, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« Une relation amoureuse ratée se termine au bûcher. « 

Ainsi au ciné
C’est pas la peine de se demander
Vers quoi s’orienter
Car toi et moi on le sait
That I, no I, I never said I love you

Le poème « Feu de paille » de la poètesse Annie Major-Matte s’étend sur des couplets de quintains, le premier desquels s’articule autour de quatre rimes en « É », suivi d’une rime en « OU », ce qui, tant qu’à nous, prouve qu’AMM se fout bien du vieux truc littéraire qui dit qu’il faut impressionner son lectorat dès la première page de l’oeuvre.

Le premier vers se termine sur une troncation, puisque le mot « Ciné » renvoie effectivement à la forme scientifique « cinéma », « cinémascope » ou encore « cinématographie », nos généticiens littéraires (salutations à Mme Jacinthe Martel de l’UQAM) ne s’entendent pas encore tout à fait sur la forme longue à employer après avoir étudié les manuscrits du recueil « Dissidence ». Dans un cas comme dans l’autre, l’utilisation d’une troncation renvoie définitivement vers la langue paysanne, voire même le joual ou l’argot – nous pouvons donc affirmer sans l’ombre d’un doute que l’action se déroule dans Hochelaga-Maisonneuve (aussi appelé HOMA par des gens de peu de qualité, nous vous épargnerons les qualificatifs de haine attribués à ceux qui disent RoPePa) en 1965 ou, du moins, après l’apparition des salles de cinéma accessible au public. 

Nous fixons à date à 1965 puisque nous croyons que le poème se temporalise tout près de l’arrivée des salles de cinéma grand public grâce au vers « C’est pas la peine de se demander/Vers quoi s’orienter », qui démontre clairement que le protagoniste ne sait pas où est l’écran, révélant ainsi la nouveauté relative du médium. Nous imaginons donc un couple d’ami ou d’amants, confus, au milieu de la salle de cinéma, fixer le plafond, couchés sur le dos et se demander pourquoi c’est plate de même les vues. 

Et si on se connaissait
Comme on se connaîtrait
Si nous étions amants
Ne perdons surtout pas de temps
Still I, no I, I never say I love you

La prochaine strophe explique plus en détail la relation entre les deux protagonistes du poème: ils sont amis, mais l’un des deux aimeraient être amant. Ça rend l’autre mal à l’aise (à l’instar de la jeune Katia, en 6e année, qui avait répondu « Va chier » sur un papier roulé en boule après avoir lu le poème d’amour que le rédacteur en chef de Littéraire Déchu lui avait écrit, plein d’espoir, lui inculquant de ce coup une haine profonde de toute chose littéraire, le poussant par la suite à faire 5 ans d’études en littérature, juste pour faire chier. Nous connaissons la suite.)

Devant ce postulat, le personnage désiré répète au personnage désirant que « No, I never say I love you », c’est à dire qu’il ne dit jamais je t’aime. Nous avons donc un cynique, une blasée de l’amour, peut-être est-ce plutôt quelqu’un qui ne croît plus à l’amour, trop blessé, ou encore une figure du Don Juan moderne, prenant vie sous la plume affinée d’AMM, qui même s’il aime beaucoup, n’est pas nécessairement meilleur pour aimer. (Copyright Felix Gray 2004).

Ce n’est qu’un feu de paille
I never said I loved you
Dis qu’est-ce qu’on attend ?
Mais c’est pas la peine de croire
Qu’un seul feu de paille
Would make me say I love you
Viens vers moi tendrement
But I’ll never say I love you
I never said I love you

Comme à l’habitude de nos poètes favoris, c’est lors du refrain qu’est révélé au lecteur la clé principale de l’intrigue. L’apparition soudaine des mots « Feu de paille » vient apporter un éclairage soudain à la poésie de Mme Major-Matte. Un rapide examen du champ lexical de l’expression feu de paille nous permet de mettre au jour le lien qui unit les mots « feu » et « paille », qui, lorsque conjugués ensemble, renvoient bien évidemment aux bûchers sur lesquels ont brûlé les sorcières de Salem en 1692. Effectivement, c’était sur des bûchés de bois et de paille que celles-ci étaient attachées pour ensuite être renvoyées en enfer. 

Nous réalisons donc toute l’horreur des paroles couchées sur le papier devant nous en même temps que le protagoniste « désiré » qui découvre que le « désirant », en quête de l’objet « I love you » utilise le « feu de paille », c’est à dire le « bûcher », qui est l’opposant de l’adjuvant qui est « Never said I love you », pour obtenir ce qu’il désire, c’est à dire le « Désiré », qui est à la fois sujet et destinataire selon le schéma actanciel suivant. 

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Pour simplifier, quelqu’un menace le protagoniste de se brûler vif s’il ne lui dit pas « je t’aime », ce qui est, à notre connaissance, le synopsis de 70% des comédies romantiques et la nouvelle ligne éditoriale du Voir*

Tu peux disposer
Ta respiration s’est calmée
Ta chemise est sous l’oreiller
Et tes souliers dans l’escalier
Babe I, no I, I never said I love you

Dans cette strophe, le narrateur utilise plusieurs euphémismes pour aborder le sujet du suicide du « désirant » qui, n’ayant pas obtenu ce qu’il voulait, c’est à dire l’amour du narrateur, s’incinère sur le feu de paille qui donne son titre au poème. Le premier vers, « Tu peux disposer », étant un euphémisme voulant dire: « D’accord, tu peux maintenant mourir comme le psychopathe que tu es », tandis que le second « Ta respiration s’est calmée », atténue le véritable propos du narrateur, qui nous laisse savoir que son interlocuteur est mort, probablement réduit en poussière et/ou en masse sanguinolente de peau brûlée, telle une Jeanne D’Arc des relations malsaines.

Les trois vers suivants sont en fait un rappel passif-agressif du narrateur nous indiquant que l’amour étant impossible entre lui-même et le désirant puisque celui-ci se laissait traîner un peu partout dans la maison.

Quand tu me fuis
Je cours et puis je te suis
Toi tu me fuis
Quand tu me suis
J’plonge dans l’oubli, l’oubli

À noter que le dernier vers de cette strophe n’est pas une métaphore à propos d’Alexandre Despatie suite à son dernier plongeon raté lors des jeux de Londres 2012.

Mais j’te dirai jamais « Je t’aime »
I never said I love you
I never say I love you
Mais j’te dirai jamais « Je t’aime »

*Hipelaye on va mourir.

Explication d’un courant littéraire: Le Décadentisme

Cette semaine, Littéraire Déchu vous éduque en matière de courant littéraire: pour commencer, rien ne pourrait être plus à propos, étant donné notre déchéance littéraire, que de vous introduire au décadentisme.

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Ça, c’est décadent en estie, boire du thé évaché de même.

Un peu de contexte

Comme pour tout mouvement littéraire, mais encore plus particulièrement pour le mouvement décadent dont il est ici question, il est difficile de mettre une date de début ou une date de fin, puisque nous parlons de sentiment général d’une époque, de mood collectif, même, et qu’il y a toujours des précurseurs qui se trouvent ben drôle d’annoncer les thèmes du mouvement (nous te regardons, Baudelaire) avant tout le monde et des retardataires qui remuent les bras en criant: « MOI AUSSI!!! » dix ans trop tard.  (Nous n’avons personne en particulier en tête, neuf fois sur dix, les retardataires sont des perdants finis dont personne ne se souvient parce que, bon, t’as manqué ta chance de gloire, el’gros).

Bref.

Le décadentisme ou le mouvement décadent prend racine vers la fin du 19e siècle, en France. Paris vient de capituler face à la Prusse, la Commune de Paris a été massacrée, la grandeur française semble belle et bien chose du passée. Entendons-nous, les pauvres français viennent de connaître deux révolutions, trois républiques, un retour de la monarchie, deux Napoléons différents. (Napoléon II est mort à 21 ans sans vraiment avoir régné, nous rappelant qu’il est toujours difficile de succéder à un parent populaire dans son domaine, n’est-ce pas Pascalin?) Tout ça en moins de 100 ans. Chez Littéraire déchu, nous ressentons un malaise et un mal de vivre lorsque nous sommes confrontés à deux élections dans l’espace de trois ans, alors c’est dire notre compréhension de ces artistes qui, devant ces événements, ont le goût de dire: fuck toute.

Attention!

Le décadentisme n’est pas un mouvement tout à fait clair, par rapport au Naturalisme, au Symbolisme ou au Réalisme, par exemple. Nous parlons plutôt d’un sentiment qui vient hanter les textes, d’un regard sur la vie, d’un état d’esprit plutôt que d’une structure ou une forme. Tout au plus, nous retrouverons des thèmes communs et certaines figures se dégagerons du lot pour devenir emblématique. Un exemple moderne serait celui du Hipster. Personne ne saurait en donner une définition claire, personne ne saurait même identifier ce qui, formellement, fait d’une personne un hipster. Est-ce la moustache? Est-ce l’ironie? Est-ce l’odeur de friperie? Est-ce que le sexe awkward et les pleurs qui s’en suivent? Mais promenez-vous dans le Mile-End et vous saurez, viscéralement, ça vous prendra au coeur, à la gorge, ça vous tourmentera l’esprit, mais vous saurez quand vous serez face à face à un Hipster. Le décadentisme, c’est pareil. Surtout pour le sexe awkward. Passons.

Des thèmes?

Les décadents sont un peu les emos des courants littéraires. Nous parlons ici de thématiques pessimistes, d’un certain dégoût de l’avenir, d’un besoin de provoquer. On parle d’une génération d’écrivains horrifiée par le banal, écœurée par le naturalisme et ses descriptions sans fin, on parle d’une génération animée par le spleen Baudelairien, que l’on imagine, avachie sur son divan, râler et se plaindre que c’est la fin du monde, en train de fumer de l’opium et de boire de l’absinthe. Car devant la désillusion, oui, le meilleur moyen de survivre est bien évidemment la fuite, chez les décadentistes (à ne pas confondre avec « un dentiste à dix côtés ») – pour se faire, ils proposeront un art littéraire (car, euh, oui, nous parlons bien de littérature depuis tout à l’heure) animé par l’artifice, par des percées de mysticisme, par des envolées lyriques, par une recherche du sublime (sans tomber dans le Parnasse) et autres mécanismes qui l’éloigneront des Naturalistes auxquels ils réagissent violemment.

« Fuck toi, fuck tes mines, fuck tes descriptions des trains pis du monde qui meurent, Zola, t’es déprimant en sacrament. » – Les décadents, en réaction au Naturalisme de Zola.

Des précurseurs?

Baudelaire est souvent pointé du doigt comme étant un des précurseurs du décadentisme, mais l’histoire littéraire lui a majoritairement donné le rôle de pré-symboliste. La littérature n’étant cependant pas une science exacte (ni même une science, point, quoique en dise mon professeur d’introduction aux études littéraires), le décadentisme serait lui-même un précurseur du symbolisme, donnant ainsi à Baudelaire le rôle incestueux de père du décadentisme et grand-père du symbolisme (nous tournons les coins ronds, si vous prenez le diamètre de notre phrase en rapport avec la circonférence de notre texte, ça vous donnerais Pi, c’est dire à quel point c’est rond).  Rappelez-vous cependant qu’un peu d’inceste n’aura jamais tué personne en littérature, vous n’avez qu’à arpenter les corridors des facultés de lettre pour vous en rendre compte. (hipelaye)

Un écrivain emblématique

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Joris-Karl Huysmans ou le gars que notre anus se serre instinctivement à la vue de cette photo…

Joris-Karl Huysmans était destiné à passer à l’histoire comme étant l’un des grands noms du Naturalisme, au même titre que Zola. On parle tout de même d’un homme qui se lie d’amitié au bon Émile, qui publie des articles faisant la promotion du Naturalisme, qui publie des romans d’histoires de prostitution dans les bas fonds de Paris tout  en décrivant pendant de très longues pages des édifices, pierre par pierre. On ne fait pas plus Naturaliste. Puis, avec À rebours en 1884 et Là-bas en 1891, Huysmans créé (surtout avec son personnage de Des Esseintes), ce qui deviendra la figure emblématique du décadent parfait: le dandy.

En effet, Des Esseintes, anti-héros d’À rebours, représente parfaitement ce qu’est le poète décadent. C’est un homme oisif, vain et paresseux, qui se retire d’un monde ennuyant auquel il ne se sent plus appartenir pour méditer et réfléchir à propos de l’art, de la littérature. Pour se faire, il s’entoure de livres, d’œuvres d’art, et les trouve toutes plus moches les unes que les autres, sauf pour quelques élus, dont un petit livre jaune (probablement Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde). Les passe-temps de Des Esseintes comprennent la fabrication de poisons, l’extraction de parfum et l’incrustation de pierres précieuses dans la carapace d’une tortue. Fort de cette description (oisif, snob, entouré de vielles oeuvres d’art, retiré du monde, hobbys bizarres), vous pourriez à nouveau être tenté de croire que Des Esseintes est un hipster. Ce n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai non plus. Non, Des Esseintes représente plutôt l’archétype de la figure emblématique des décadents: le dandy.

Le Dandy

« Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux myrmidons. » – Charles Baudelaire

Suite à une discussion avec notre ego, nous avons décidé de ne rien ajouter à cette description du Dandy par Baudelaire, toutes nos excuses. Notez toutefois que cette description du « dandysme » s’accorde assez bien avec celle du décadentisme.

Robert de Montesquiou, le modèle parfait

Nous pourrions parler de Robert de Montesquiou comme étant l’inspiration certaine de Des Esseintes (À rebours) et du Baron de Charlus (À la recherche du temps perdu). Nous pourrions vous  dire que ce cher Bob a été tout au long de sa vie un avatar du dandysme grâce à son amour des arts (Mallarmé et Verlaine, entre autre, faisaient partie de son cercle, et Marcel Proust le suivait comme un chien de poche à la recherche d’une caresse (…)), son homosexualité latente (rumeur jamais confirmée, l’intrigue ajoutait à son aura, mais le scandale aurait été de mauvais goût), son esprit et son oisivité (Robert est comte, rentier et, malgré un talent limité, publie une vingtaine de poésies, d’essais et deux romans). Nous pourrions vous décrire le personnage de long en large pour vous donner une idée de ce qu’est le dandy, de ce que représente le décadent ultime, mais nous préférons vous montrer cette photo:

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À la vue de ce portrait de Robert de Montesquiou avec un chat persan, nonchalamment accoudé à un éléphant, vous comprendrez que toute forme d’explication additionnelle devient désuète.

À ne pas confondre avec

CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE OH MON DIEU.

Au final

Le mouvement décadent demeure bien plus grand que les œuvres qui le composent: s’y rattachent des personnages, des auteurs, un mode de vie, un archétype social, même, qui en font un insaisissable littéraire. À toi, jeune étudiant de Français 102 qui est tombé sur ma page au hasard de tes recherches pour mieux botcher un travail qui vaudra 30% de ton année, sois sur tes gardes et parle-donc des Réalistes ou des Romantiques, à la place, c’est bien plus facile.

Nous avions presque oublié!

Nous aurions aimé aborder l’un de nos auteurs favori, Oscar Wilde, que l’on peut rattacher au mouvement décadent de par ses thèmes, ses obsessions et sa vie de dandy. Cependant, confiner Wilde à un petit paragraphe nous aurait beaucoup de peine, et nous préférons lui consacrer un futur article à lui tout seul. Cependant, dans l’optique ou nous aimerions nous faire plaisir en vous faisant plaisir, voici un portrait d’Oscar Wilde, que nous intitulons: « Lavieestplatelemondeestmédiocrejevoussuissupérieurjeportedelafourrurehuhuhu.com »

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Tourne la page, une analyse littéraire


Littéraire Déchu vous propose aujourd’hui une lecture de l’un de ses plus grands succès Karaoké lorsque vient le temps du party de Noël, c’est à dire l’ode « Tourne la page » du duo familial « René » et « Nathalie » Simard, troubadours à succès d’une époque où les cols de fourrure étaient encore très populaires chez les hommes.

Tourne la page, René et Nathalie Simard, l’analyse littéraire résumée en une phrase

« La belle relation entre un enfant pas de bras et un pilote d’avion se termine dans le drame à cause de l’alcool. »

Un oiseau d’acier raie l’horizon de la plage
Griffe les nuages avion sauvage
Il trace à la craie la dernière ligne de l’histoire
Sur tableau noir comme au revoir

Le duo de poètes chicoutimiens surprend, en 1987-1988 avec une poésie sentie, menée par une ode en quatrains intitulée « Tourne la page ». Le poème s’ouvre avec une image que nous imaginons apocalyptique, puisque le premier vers fait mention d’un « oiseau d’acier » qui raie l’horizon d’une plage – cependant, une analyse plus poussée du champ lexical en présence nous relève des mots comme « raie », « acier », griffe », « craie » et, surtout, « tableau noir » – devant ces mots, nous sommes tout de suite envahis par le sentiment d’inconfort que procure l’idée d’une griffe sur le tableau, le son discordant des ongles qui tracent une marque qui fait grincer des dents. Cette première strophe, donc, représente l’inconfort. Cette « dernière » ligne sur un « tableau noir », cependant, pourrait également être interprétée  comme une « dernière ligne » sur un « tableau noir », c’est à dire un tableau qui est noir, c’est à dire qu’il n’est pas noir par opposition à un tableau vert, mais il est noir par opposition à un tableau joyeux, comme un tableau du Caravage vis à vis un tableau Rococo.

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Voyez par vous-même (La Morte della Virgine, Caravaggio) vs (Les hasards heureux de l’escarpolette, Fragonard)

Honnêtement, nous aurions pu faire un article complet à propos du titre « Les hasards heureux de l’escarpolette »… estie.

Une escarpolette est une balançoire, si jamais vous voulez impressionner votre rendez-vous galant de ce soir.

Un avion déchire le soir
Emporte quelque chose de moi
Un signal dans ta mémoire
Tourne la page… Tourne la page!

Un avion déchire le soir
Me laisse derrière nuit de l’absence
C’est comme un cri de désespoir
Comme le tonnerre dans le silence

Un avion déchire le soir
Emporte quelque chose de moi
Un signal dans ta mémoire
Tourne la page, tourne la page

Retour à la poésie des Simard et à cet oiseau de métal, que nous estimons vivre dans une époque lointaine de celle actuelle, puisque aujourd’hui, il serait ridicule de penser apercevoir un « oiseau de métal » dans le ciel. Dans la seconde strophe, c’est plutôt un avion qui déchire le ciel, ce qui est beaucoup plus plausible. Cependant, le narrateur semble nostalgique, ou triste, devant cet avion qui passe devant lui, comme s’il lui faisait se souvenir d’un mauvais moment, comme tend à l’indiquer le vers « Un signal dans ta mémoire » – signal déclenché par l’avion qui aurait « emporté quelque chose » du narrateur, et qui fait crier à celui-ci: « Tourne la page! Tourne la page! » Devant ce terrible cri, un cri de désespoir, même, nous sommes tentés de croire que ce qui a été « emporté » par l’avion sont les bras du narrateur qui, maintenant, sans bras, seul dans le noir, ne peut tourner les pages du livre qu’il lisait.

Ce narrateur, que nous imaginons être un enfant, se tient seul sur la piste d’atterrissage, sans bras, voulant faire des appels à l’aide pour connaître la fin de son livre, incapable d’en tourner les pages, mais, comme le dit le dicton: « pas de bras, tu peux pas saluer ben fort », alors personne ne vient à son aide. C’est alors que ça nous frappe! L’oiseau d’acier évoqué dans la première strophe pourrait-il être… l’avion? Ah! Nous somme subjugués! Nous sommes sans mot! C’est une poésie fine! C’est une poésie forte! Avion! Oiseau d’acier. Parce que les avions volent et qu’ils sont fait en acier! Ahhh là là!

Bref.

Fort de cette information, nous obtenons donc une clé de lecture supplémentaire. Cet oiseau d’acier, qui griffe les nuages, il « trace à la craie les dernières lignes de l’histoire ». Ça vous dit quelque chose? Avez-vous déjà levé les yeux au ciel pour apercevoir un avion supersonique laisser un mince fil de fumée blanche derrière lui? Voici ce à quoi nous avons à faire. Devant les appels à l’aide de cet enfant aux bras manquants (bras manquants, fils manqué), le capitaine de l’avion, habile pilote devant l’éternel, décide de tracer, dans le ciel, grâce à son engin, les dernières phrases du livre qui était lu. Dans le ciel, ses acrobaties forment un mot, puis un autre, une image , peut-être, et dans cet amalgame de ciel, d’étoiles et de fumée blanche, notre jeune narrateur connaît finalement la finale de son histoire.

C’est un vol de nuit
Où s’évanouit ton visage
Comme un mirage
Dernière image

Éventuellement, la fumée se dissipe et les personnages qu’elle faisait vivre, le Grand méchant loup, le petit Poucet, la grand-mère ou les trois petits cochons, disparaissent avec elle. Pourtant, elles ne disparaissent pas de l’esprit de l’enfant. C’est une illustration de la force de l’imagination. D’un point de vue plus formel, veuillez noter la présence de trois rimes riches, ce qui est assez rare dans les textes analysés par Littéraire Déchu. Festoyez visuellement, ça n’arrivera pas souvent.

Là-haut tu t’endors
Le coeur au bord des étoiles
Douce et fatale et moi j’ai mal

REVIREMENT DE SITUATION! Le pilote, possiblement saoul (notons qu’il a tout de même décollé alors qu’il y avait un enfant sur la piste pour ensuite faire des figures aériennes avec son engin), s’endort aux commandes de son appareil. Le vers « le coeur au bord des étoiles » étant un euphémisme représentant un arrêt cardiaque. Le dernier vers s’achève sur un autre euphémisme composé des mots « Et moi j’ai mal », une diminution littéraire évidente de la douleur d’un enfant qui reçoit un Cessna dans la trachée. 

Figures de style: qu’est-ce que l’euphémisme?

Littéraire Déchu plonge et vous offre, exemples à l’appui, une définition claire de ce qu’est l’Euphémisme.

L’euphémisme, cet inconnu

Jeunes étudiants, vieux étudiants, dilettantes de la poésie ou amateurs de la figure de style, Littéraire Déchu se fait aujourd’hui un plaisir de vous apprendre, une bonne fois pour toutes, ce qu’est l’euphémisme, cette figure de style qui nous échappe encore.

Origine

Les premières traces d’utilisation de l’euphémisme remontent à la cité grecque de Byzance, au deuxième siècle après Jésus Christ, quand Septime Sévère, marchant sur les ruines de la cité qu’il venait d’assiéger durant 2 années (ou 3, selon les historiens), se retourne vers se troupes et s’exclame, en se prenant le ventre à deux mains, « Ouain ben, en tout cas, cette ville a déjà connu de meilleurs jours! », créant ainsi une figure de style qui amoindrissait la vision d’horreur de mort, de sang et de soldats qui courent après des Byzantines avec la Byzance à l’air. Ces propos sont longtemps demeurés dans la tradition orale avant d’être finalement mis à l’écrit par le poète post-homérique Quintus de Smyrne, qui étonnemment possède sa propre page Wikipedia malgré son nom de marde.

L’euphémisme, une définition CLAIRE

L’euphémisme est une figure de pensée qui emploie un mot ou une expression pour adoucir une idée désagréable, brutale, triste, déplaisante ou généralement sombre.

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Appui visuel pour les gens qui n’auraient pas compris

L’euphémisme, une définition MOINS CLAIRE

L’euphémisme est souvent employé pour demeurer politically correct, par exemple, on pourrait dire de quelqu’un atteint de déficience intellectuelle qu’il voit la vie différemment, alors que quelqu’un qui ne connaît pas l’euphémisme serait tenté d’employer des mots comme: retardé ou handicapé ou Reviens-ici Courtney Love. On l’utilise également pour mieux faire passer la pilule, comme dans le cas d’un congédiement. On dit qu’on remercie la personne, alors que dans le fond on la met douwors, qu’on la « crisse à la porte » ou même qu’on la termine, si on veut s’en tenir à la terminologie ressources humaines/Arnold Schwarzenegger.

L’euphémisme, au fond, est une façon de s’éviter beaucoup de trouble en cachant subtilement la vérité ou, du moins, en altérant de façon assez significative le signifiant pour qu’il devienne plus doux, sans toutefois aller trop loin et complètement en amputer son signifié. Prenons exemple sur les deux extraits suivants, tirés de la dramaturgie contemporaine « Serge et ses devoirs. » (Flammarion, 2004). Le premier fait état d’un euphémisme utilisé correctement, puisqu’il renvoie à un signifié bien connu. Le second… not so much.

PAUL: Oui, j’ai aidé Pierre-Luc à faire ses devoirs, aujourd’hui. Je lui ai demandé de me payer en nature.

SIMON: Héhé! (DIDASCALIE: Il hoche la tête, sournois et complice, puisqu’il comprend ce que PAUL signifie grâce à son emploi maîtrisé d’un euphémisme.)

Par opposition à ceci.

PAUL: Oui, j’ai aidé Pierre-Luc à faire ses devoirs, aujourd’hui. Je lui ai demandé de me renvoyer la pareille à la manière des bolcheviques.

SIMON: TON INUENDO M’ÉCHAPPE ARRÊTE DE ME FAIRE DES CLINS D’OEILS CALISSE.

L’annonce de la mort de Fido, version SANS euphémisme

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L’annonce de la mort de Fido, version AVEC euphémisme

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À ne pas confondre avec la litote

L’euphémisme et la litote sont des figures souvent confondues à cause de leur similitudes. Pourtant, il n’en est rien. L’euphémisme fait véritablement figure d’atténuation alors que la litote atténue pour mieux accentuer la force d’une idée. Par exemple, prenons un cas où l’euphémisme est toujours utile, c’est à dire lors de la constatation de la laideur d’un enfant qui nous est présenté.

Euphémisme: C’est un enfant aux traits particuliers, un vrai petit diable!  (Lire: Votre enfant a l’air du démon, mais j’ai viré ça d’une manière cute. Je vous prie de le retirer des mes bras.)

Litote: Ce n’est pas le plus bel enfant qui soit, hein? (Lire: Sacrament, achetez-lui un masque quelqu’un.)

D’autres styles d’euphémismes

L’euphémisme phonétique: Modification de la sonorité, troncation des mots, emploi de verlan ou ajout de syllabes pour créer l’effet voulu.

« Christ…ophe Colomb! » pour ne pas dire « Christ. » (surtout employé par les mamans nouvellement riches ou faux bourgeois)

« Taaaaa… » pour ne pas compléter avec un « bernacle » ou « barnak » bien senti, que vous soyez prêtre ou fidèle de la région de Sorel.

« Tabarouette! », qui ne fait pas référence à l’outil de prédilection de ceux qui veulent transporter des briques sur un champ de construction sans avoir à le faire à la force de leurs bras et la sueur de leur front uniquement, mais qui renvoie effectivement au « tabernacle », pour les initiés.

L’euphémisme argotique:

Dire une « graine » ou un « shaft » plutôt qu’un « pénis« , par exemple, ou encore dire que Paul et Marie ont « fait l’amour » alors qu’ils ont baisé violemment sur le tapis et que la trace des doigts de Paul est imprimée sur le cou de Marie, la forçant ainsi à porter un foulard lorsqu’elle enseigne les bonnes manières aux enfants de sa classe de maternelle.

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– En bref –

– L’euphémisme est une manière polie de dire quelque chose qui ne l’est pas, ou encore d’atténuer la caravane de rebuts corporels (euphémisme pour « char de marde ») que vous pourriez recevoir en n’altérant pas la vérité –

Ayoye, Offenbach – Une analyse littéraire

Cette semaine, Littéraire Déchu analyse  une classique de la poésie de rue québécoise: le succès « Ayoye » , par le collectif « Offenbach », est une de oeuvres favorites de l’auteur puisqu’elle le ramène à son enfance pleine de manteaux en jeans, de pantalons troués et de cocaïne. Nous nous excusons aux gens de Sorel.

Ayoye, d’Offenbach, l’analyse littéraire résumée en une phrase:

« Un hibou malheureux chante les vertus de l’homme naturel telles que prônées par Jean-Jacques Rousseau. »

 

Ayoye tu m’fais mal
À mon cœur d’animal
L’immigré de l’intérieur
Tu m’provoques des douleurs
Tu m’fais mal au cœur

Le poème aujourd’hui analysé commence avec un quintil, qui n’est pas sans rappeler les ballades moyennes âgeuses ou encore leur retour en force dans la poésie d’Apollinaire ou de Victor Hugo à leurs époque respectives. Une structure de rime échafaudée sur un audacieux AABBB où l’asymétrie est appuyée par un déséquilibre des forces rimées en présence, doublé d’une rime B en plein milieu du deuxième vers (coeur vs intérieur, douleurs, coeur) nous pousse à croire que le poète, lors de l’écriture de la chanson, était moins coké que ce que l’on pourrait croire. 

Ayoye, à ne pas confondre avec la série télévisée jeunesse du même nom, diffusée entre 2001 et 2003 sur les ondes de Radio-Canada, est un néologisme québécois qui renvoie à la douleur. On le retrouve également orthographié « Adjoye » dans certaines régions plus pauvres du Québec. La poème, s’ouvrant sur ce mot, nous exprime donc dès le premier moment de lecture un sentiment de malaise, de douleur, même, et un champ lexical médical (mal, intérieur, provoque, douleur, coeur) nous pousse à croire que le narrateur est peut-être pris d’une crise cardiaque, ce qui justifierait l’emploi du mot « Ayoye » puisque les crises cardiaques font mal. (Bertrand, Simoneau et all, 2001)

Pourtant, une lecture plus fine du texte nous permet de remarquer que le coeur n’en est pas un humain, mais bien animal. Nous avons à faire à un animal, bipède ou quadrupède, probablement, doté d’une conscience et du don de parole. Voyons voir si le reste du poème nous donne plus d’informations sur ce que nous présumons être une Fable de La Fontaine moderne.

Nous ne sommes pas pareils
Et pis pourtant on s’émerveille
Au même printemps
À la même lune
Aux mêmes coutumes
Nous retournerons ensembles
Comme cendres
Au même soleil

Le « Nous » évoqué dans le premier vers vient confirmer nos soupçons, le narrateur de la présente fable, dans une adresse au lecteur qui est humain, se distingue de celui-ci, il ne lui est pas pareil puisqu’il est animal. Et dans un habile tour de main, celui-ci lui fait pourtant réaliser que malgré leurs différences, ils partagent la même planète et le même environnement. Installation d’une dichotomie civilisation/nature tout au long de la strophe grâce à deux champs lexicaux (printemps, lune, soleil) vs (coutumes, cendres) – le narrateur, que nous imaginons sous les traits d’un animal sage comme un vieux loup gris ou encore un hibou, réaffirme un message depuis longtemps porté par des philosophes comme Rousseau ou Brigitte Bardot: l’homme, au naturel, est bon, mais alors que le hibou demeure bon, sage, naturel, l’homme se corrompt à cause de la société. Toute la technologie de l’homme, tous ses rites funéraires, toute sa civilisation ne le sauvera pas devant l’éternel: il naît des cendres et redeviendra cendres. 

Nous présumons que ces réflexions sont causées par la crise de coeur imminente du hibou, comme suggéré par le « Ayoye » initial. À moins que ce « Ayoye » soit poussé par l’animal en question qui voit à quel point l’être humain saccage la terre. Dans un cas comme dans l’autre, le « Ayoye » est un « Ayoye » passif, mais demeure un « Ayoye » de douleur.

Si le vent frappe à ma porte
Pour m’annoncer le réveillon
Je partirai comme marmotte
Au soleil à ses premiers rayons

Pourquoi quelqu’un prendrait-il la peine de se rendre jusqu’au terrier d’une marmotte la veille de Noël pour lui dire: « Yo, c’est le réveillon. Party! » Nous croyons que le vent est une représentation des troubles d’alcoolisme du poète Gerry Boulet lors des grandes années du collectif Offenbach, plus particulièrement une référence à la fois où il est allé se mettre la face dans un trou derrière chez lui à Longueuil en criant: « ESTIE LES MARMOTTES, RÉVEILLEZ-VOUS, C’EST NOËL! ESTIE FRANÇOISE! DIT Z’Y À MARMOTTE QUE C’EST NOËL. » Cette strophe en est le flashback.

La performance de Mario St-Amand lors de cette scène est particulièrement troublante à voir.

Parmi les roseaux
Cueillir l’oiseau du paradis
À coup de grelots
À son de whisky
Chanter la toune
Comme papillon qui tourne

Retour au temps de narration présent ainsi qu’à l’unité d’action évoquée par la première strophe durant laquelle le narrateur hibou-vieux-loup-pris du coeur s’agenouille parmi les roseaux pour recueillir ce qui est la cause de sa crise cardiaque, et celle-ci devient métaphorique lorsque le lecteur s’aperçoit que ce vieux sage de hibou, tel un personnage berné dans une fable pour enfant, ramasse « l’oiseau du paradis », c’est à dire l’oiseau qui va vers la paradis, et nous savons que ce qui va vers la paradis doit être mort, puisque personne sauf Raël ne va au paradis vivant – le narrateur hibou est donc également père de famille, recueillant son petit hibou, probablement tué par les humains et leur civilisation de marde. Le narrateur, sombrant dans l’enfer de l’alcool et des grelots (?), se promène alors d’arbre en arbre, chantant à jamais sa chanson: « Ayoye, tu m’fais mal. », à qui veut bien l’entendre, tel un poète déchu, un messager blasé, un hermès au coeur brisé, espérant un jour ramener les humains vers la nature et hors de leur civilisation destructrice. 

Ayoye, tu m’fais mal
À mon cœur d’animal